A n o s le c t e u r s
En raison de nos frais consi­
dérables d'impression et d’ad­
ministration, nous nous voyons
à regret contraints, à partir du
1er avril 1952 de porter à 1.000
francs l'abonnement annuel à
notre journal.
Nous demandons instamment
à nos lecteurs de régler à la
présentation les quittances de
réabonnement qui leur seront
présentées à leur domicile à
l’échéance de leur abonnement.
Nous espérons que nos lec­
teurs voudront bien consentir
cette légère augmentation du
prix de l’abonnement, qu’il n’a
pas été possible d’éviter et qui
est une condition indispensa­
ble de l’existence de ce journal.
I» AVM1» 195*
N» 48
PRIX ; 30 FRANCS
10 NISSAM
(J O U R N A L D'INFORMATION JU IV E AU M A R O C )
Autorisé à insérer les annonces légales et judiciaires
LIRE DANS (E NUMERO
PA GE 2 : Les Juifs et l’Allem agne. Un
Un a rticle de M ichel Serm ine.
PA GE 3 C hroniqu e d 'Isra ël e t R evue
de la presse arabe.
PAGE 4 ET PA GE 5 : Visages du ju d aïs­
m e. Des a rticle s de Maurlc®
M orère, P ie rre F lam and et
A lbert Bessis.
PA GE 6 L 'H istoire de la presse ju iv e
au M aroc, p a r R aphaël Benazeraf. P ropos de Pessah, p a r
J. M edioni.
PA GE 7 Les relatio n s juives : avec
P a u l Claudel, R aoul D upré,
R .P. Ignace L epp ; R.P. Riquet.
1
PA GE 8 Soucis de nos jeunes. Un a r ­
ticle de Joseph B erdugo.
(fic&p&é d e (fîâqueà
LA TERRE PROMISE
Nos fêtes de Pâques qui com­
mencent nous ramènent pour quel­
ques instants au centre de notre
destinée, pour nous rappeler que
nos ancêtres, esclaves en Egypte,
n'ont pu se libérer et s'installer en
terre de Chanaan que grâce à la
vaillance dont ils firent preuve pour
triompher des privations et des
obstacles qui leur furent suscités
sur les chemins du désert.
L'histoire des juifs est d'ailleurs
remplie des servitudes qui leur fu­
rent imposées par le monde exté­
rieur et des luttes qu'ils durent
livrer pour plus de justice et de
fraternité entre les hommes. El le
nazisme, qui a fait parmi les juifs,
plus de victimes que la deuxième
guerre mondiale dans tous les pays
de la terre réunis, ne doit pas nous
faire oublier que le monde contem­
porain, encore désaxé, récèle en son
sein des sources de cataclysmes qui
ne peuvent être taries que si les
hommes aspirent à plus de com­
préhension et plus de charité.
Les juifs ont recueilli de leur his­
toire et de leur tradition, un devoir
rigoureux qui pèse d'autant plus
lourdement sur leurs faibles épau­
les, qu'ils ne disposent d'aucun
moyen de l'accomplir et ce n'est
que par leur parole et leur idéal
qu'ils peuvent espérer contribuer
avec les autres, à l'amélioration
d'une humanité en quête de paix.
Aussi, s'efforcent-ils de satisfaire
parmi eux comme parmi les au­
tres, les besoins matériels et mo­
raux dont les malheureux souffrent,
et ne peuvent-ils voir qu'avec sym­
pathie s'instaurer les mesures qui
doivent contribuer à la concorde
des hommes.
Pénétrés de ces principes de vie
qui ont de tous temps guidé la con­
duite des juifs dans le monde, les
juifs du Maroc, affligés vivement
par les incidents d'Afrique du Nord
qui ont endeuillé Français et Maro­
cains, ne peuvent pas être igno­
rants des causes qui les ont suscités
et sont désireux de voir se régler
à la satisfaction générale, les pro­
blèmes humains qui se posent dans
une société musulmane évoluée.
De même que nous demandons
certaines réformes de nos institu­
tions juives au Maroc et l'amélio­
ration des conditions d'habitat des
juifs des mellah, de même nous
approuvons les mesures qui sont ré­
clamées par les Marocains musul­
mans lorsqu'elles tendent à réali­
ser plus de bien-être parmi eux,
plus de justice pour tous les habi­
tants du pays, ainsi qu'une partici­
pation plus grande de ces derniers
aux affaires intérieures du pays.
Nous ne croyons pas qu'il existe
une antinomie entre les droits que
les Français ont acquis et doivent
conserver au Maroc, et les aspira­
tions légitimes que les Marocains
éprouvent actuellement par le fait
de leur évolution, et dont la réa­
lisation doit leur permettre d'assu­
mer une plus large part de respon­
sabilités dans le gouvernement du
pays.
La preuve qu'il n'y existe aucune
contradiction vient de nous être
fournie par le plan de réformes tu­
nisiennes qui vient d'être publié,
et qui permettra, nous l'espérons,
une collaboration féconde entre
Français et Tunisiens.
Nous souhaitons qu'au Maroc l'on
s'inspire du précédent tunisien afin
que soient évités les événements
très regrettables qui s'y sont déjà
produits en plusieurs centres et que
soient préparées les conditions dans
lesquelles la société marocaine doit
pouvoir continuer à progresser.
Tout le monde, malheureusement,
n'envisage pas l'avenir du Maroc
avec le bon sens et la largesse de
vues qui s'imposent en la matière.
Il y a des esprits qui ne sont dis­
posés à aucune concession et c'est
d'eux que pourraient venir les dan­
gers qui menacent l'entente des po­
pulations de ce pays.
La sagesse réussira-t-elle à l'em­
porter sur l'intransigeance que
certains manifestent d'une part
comme de l'autre ?
Meyer TOLEDANO.
Un article de M. P. FLAMAND, Directeur du Centre d'Etudes Juives
LE PROBLEME DES MIORDTIONS DES JUIFS DU SID
Nos lecteurs ont certainement gardé en mémoire la récente interview que nous a accordée M. Flamand, directeur du Centre d’Etudes juives et la
conférence qu’il fit sur les Communautés juives du Sud marocain.
Nous sommes heureux de publier aujourd'hui une étude sur la mig ration des juifs du Sud que M. P. Flamand a bien voulu extraire d’un ouvrage
en préparation, et nous permettre de reproduire à l’intention des lecteurs de « NOAR ».
Le sujet traité est dun intérêt particulier et devrait attirer l’attenttion des Organisations juives sur ces Israélites du Sud qui sont parmi les plus
malheureux du Maroc. Ce mouvement de population, déterminé par des conditions économiques précaires, devrait être orienté, organisé, pour qu’il
en résulté une amelioration du sort de ces juifs du Sud que nous avons oubliés et négligés longtemps.
Les tableaux accusent quinze mil- neuf ans, soit environ mille sept cehts « l’argent pour le car » à son frère, flanquées de leurs camions. Les rl* départs », a quelques unités par an, sur une population totale Si la réussite s’affirme, le groupe fa- ches sont attendus « en ville europrès C’est le total des changements inférieure à soixante mille âmes, ce- milial sera vite reconstitué dans la péenne » ; le téléphone sonne déjà,
de résidence signalés par les bureaux la représente un pourcentage consi- nouvelle résidence. Pour plus de la à l’appartement comme au bureau
administratifs, nombre très sujet à dérable. Encore faut-il tenir compte moitié des cas, nos informateurs re- d’affaires : Import-Export. Les paucaution. Et pour les grandes villes, de l’accélération de ce mouvement lèvent que les changements de ré- vres seront déversés aux portes de
nos indications correspondent plutôt dans les années 1948 et surtout 1949. sidence s’effectuent par familles. As- la ville, où le mellah du Sud se rea des hypothèses qu’à des contrô- Et n’oublions pas de préciser quels sez souvent, pourtant, les vieillards constitue avec ses odeurs et sa mi­
les. Nous garantirons donc seulement éléments de la population sont ainsi demeurent au douar, abandonnés, peu sère. Sont demeurées au mellah ce
que nos indications sont des minima. prélevés sur les mellahs du Sud : ce ou prou, à la charge de la Commu- qu’on pourrait nommer avec dérision
La garantie étant fournie par des sont les hommes qui partent, les nauté.
les classes moyennes, c’est-à-dire
recoupements opérés à Casablanca jeunes hommes, ne laissant au melCe sont les pauvres qui partent, et ceux à qui la propriété des champs
dans les quartiers d’immigrants en lah que les enfants, les filles et les les riches : ceux qui ne peuvent cultivés par « l’arabe voisin » ou
provenance du Sud.
vieillards. La chance sourit-elle ? -Le que gagner à changer : ceux-ci à d’un arbre à gomme sandaraque, ou
Quinze mille départs au moins en jeune homme enverra bientôt de la cime des cars, ceux-là en « Buick » d’un petit négoce, laisse la possibl*

lité de subsister encore, l’espoir de
UHE INTERVIEW DE PAUL CLAUDEL
Israël doit devenir le centre du inonde au service de l’humanité
Les deux derniers livres de Paul Claudel, « Une Voix sur Israël » et « L’Evangile d'Isaïe » ont soulevé en répondre à l’appel du Dieu d’Abraham,
France et a l’etranger des polémiques passionnées. Dans les milieux les plus divers, les exégètes, les historiens, cl’Isaac et de Jacob. Je vois trop de
les théologiens se sont à leur tour penché sur les pages du poète interrogeant la Bible. Au terme d'une longue Juifs qui désirera devenir semblables
carrière diplomatique qui le conduisit en (qualité d’ambassadeur de France dans les cinq continents, et pour aux « Goyims », aux peuples, aux nacouionnement de son œuvre immense de poète, de dràmatuge, d’essayiste, Puul Claudel applique tout son génie lions. Ce serait renier la vocation spéa découvrir le sens actuel des Ecritures. Ses dernières œuvres sont de longs développements poétiques qui pren- ciale qui fait d’Israël le peuple unique,
nent source dans la Bible. Commentaires lyriques de Ruth, du Cantique des Cantiques ou d’Isaïe, elles contien- et rien ne serait plus triste que de voir
nent les pages les plus admirables inspirées par les Prophètes d’Israël. Mais également de nombreuses idées qui les Juifs n ’aspirer qu’à disparaître dans
ont provoqué dans l’opinion publique un choc profond.
lln destin médiocre. Il me semble que
Le nœud de la pensée actuelle du poète, c’est Israël. Il développe dans scs écrits une véritable doctrine du son destin, que son élection, doit apPeuple Juif considéré comme Fils aîné de Dieu. Et l’on imagine aisément, comme toujours dans ce cas, quelles peler Israël à constituer autre chose
réactions s’en suivirent aussi bien, d’ailleurs, chez les amis des Juifs que chez leurs ennemis...
Puul Claudel nous a reçu Boulevard Lannes, à Paris, pour répondre aux principales questions soulevées par
ses dernières œuvres. Dans son appartement proche du Bois de Boulogne, l’homme nous reçoit avec sa fran­
che simplicité, rude et cordiale. Sa voix martèle chaque mot ; son regard et ses lèvres frémissent comme à
l’évocation d’une ferme et précise réalité intérieure. C’est le message d’une vie de méditations chrétiennes sur le
Peuple Juif qu’il nous délivre ainsi :
qu’une secte religieuse comme il en est
mille, Mormons, Unitariens ou Baptistes, autre chose qu’une petite nation
semblable à toutes les nations, Bulgarie
ou Albanie, du Proche-Orient. Tout
l’Ancien Testament est là pour nous
affirmer ou’Xsraël est- le fil*? aînë Ha
Il est une chose remarquable qui bordent la route, postée au croise- dates les plus importantes de l’histoi- Dieu à oui d e s n ro m e sse s to u te s n n rtim ie înrsm i’nn n »rie a m iel- ment des chemins » qui s’ouvraient re universelle auprès de laquelle bien cuiières ont été faites
P
devant moi. J ’ai appris dans l’Ancien d’autres ne marquent que de petits
c’est que, lorsqu’on parle à quel
qu’un en lui disant des choses agréa
blés et des choses désagréables, il re- Testament qu’il était la clé du Nou- faits.
tient toujours les désagréables et ou- veau et que cette clé avait été’ conblie les agréables. C’est pourquoi je fiée aux mains d’Israël. »
suis heureux d’avoir l’occasion de
« Le destin d’Israël est justement de
« Relisons le Psaume 89 :
(LIRE LA SUITE EN PAGE 7)
survivre à la crise.
Entre ceux-là et les cousins, misé­
rables ou fortunés, qui ont pris le
large, une lâche liaison subsistera :
retour au douar pour Bar Mltzva
(communion solennelle) d’un jeune
frère, envoi de quelque argent aux
impotents, passage pour liquidation
d’une association, d’un prêt, des der­
niers biens familiaux. Et, chance pos­
sible pour toute fille du mellah, tel
jeune homme peut-être — cela se
produit souvent —- reviendra pren­
dre femme parmi les siens et l’em­
mènera à son tour vers la ville.
Mais ce ne sera jamais que « pas­
sage » ; l’émigrant, jamais ne re­
vient à son mellah d’origine. Nous
n’avons enregistré que quelques ex­
ceptions à cette règle (1 pour 100 en­
viron) de la part d’isolés ayant to­
talement échoué dans leur quête
lointaine. L’échec — règle générale
— n’entraine pas le retour.
Quant à celui qui réussit, il est
perdu pour son milieu natal. Il nous
a été donné souvent, dans les mel­
lahs du Sud, d’entendre prononcer
les noms d’anciens « pauvres juifs »
(LIRE LA SUITE EN PAGE 5)
préciser encore ma pensée sur Israël.
INTERVIEW RECUEILLIE
, ET TRANSMISE A NOAR
par M. A. ÜI01JRAQUI
Secrétaire général adjoint
de l’Alliance Israélite Universelle
« A mes yeux, Israël est un peu­
ple unique dont le destin et l’impor­
tance sont uniques aux yeux de Dieu.
Je l’ai compris dès le premier jour de
ma conversion, lorsque sortant de
Notre-Dame, j ’ai ouvert la Bible à
deux endroits ; dans le Nouveau Tes­
tament, le récit des Pèlerins d’Emmaus m’enseignait que la clé des
Ecritures se trouvait dans l’Ancien
Testament ; ouvert, celui-ci m’offrait
le prodigieux passage du Chapitre 8
des Proverbes où la Sagesse me fai­
sait entendre son
appel, le verbe
même de Dieu, sa voix. Et c’est elle
que j ’ai rencontrée dans l’Ancien Tes­
tament, « sur la cime des hauteurs
LA VOCATION D’ISRAËL
« Il ne faut pas voir petit. Par l’im­
portance qu’il garde aux yeux de
Dieu, Israël se voit appelé à une vo­
cation universelle, œcuménique, et je
suis surpris de voir que les Juifs ac­
tuels n’ont pas toute la conscience de
ce qui est le plus caractéristique de
leur réalité : ils sont un peuple à
part, leur vocation n ’est pas médio­
cre, c’est grâce à eux que le monde
a l’idée d’un Dieu transcendant et
personnel. Cette idée, il n ’était pas
possible de l’avoir et il n ’était pas
possible de la garder à travers les
extraordinaires misères de vingt siè­
cles d’exil sans une grâce particuliè­
re de Dieu.
« A ce propos, je crois que les Machabees ont rendu un service incal­
culable à l’humanité en nous per­
mettant de garder présente la notion
de la réalité du Dieu transcendant et
personnel. La victoire des Machabees
— que vous continuez d’ailleurs à cé­
lébrer au sein de la Synagogue dans
la fête de Hanoucca — est l’une des
M . A lb e r t B E S S IS , Membre du Grand Conseil de Tunisie,
nous parle de la situation dans la Régence
M* Albert Bessis, du Barreau de Tunis, commandeur de la Légion d’hon­
neur, grand cordon du Nichan Iftikhar, membre de l’ancien Grand Conseil
de Tunisie depuis 1934, président de la Commission de Législation tunisienne
et rapporteur général du budget tunisien pendant douze années consécutives,
membre de la Délégation mixte de conciliation des deux sections du Grand
Conseil, était tout récemment de passage à Casablanca.
Il nous a re çu avec sim plicité e t sy m ­
p a th ie à l ’h ô tel de N oailles de Casa­
b lanca où il é ta it descendu.
De taille m oyenne, m ince, p araissan t
la soixantaine, M aître A lb ert Bessis p a r­
le len te m e n t m ais avec u n e précision et
u n e v ig u eu r q u i e m p o rten t la conviction
de son in te rlo cu teu r.
N ous avons eu l ’im pression au cours
de n o tre e n tre tie n avec lui du rôle con­
sidérable q u ’il p e u t jo u e r de p a r sa po­
sition dans les affaires tunisiennes.
N ous avons voulu c o n n aître ce que
pense n o tre v isite u r s u r le M aroc et
p re n d re les to u tes dern ières inform ations
su r la vie actuelle e n T unisie :
— C om m ent trouvez-vous le M aroc
d 'a u jo u rd 'h u i 7 lu i avons-nos dem andé.
— Je m 'atten d ais, bien entendu, à
tro u v e r u n Maroc développé. J ’ai vu ses
plaines, ses vergers, ses villes. J 'a i eu
c ertain em en t l ’im pression d ’u n pays plus
verd o y an t que la Tunisie. Le développe­
m ent du M aroc dépasse le développem ent
q u'on p o u rra it concevoir au bout de 40
ans. Vous avez la chance de tire r profit
Points de vue sur les relations juives au Maroc
M. Raoul Dupré, ancien professeur de Philosophie au Lycée Lyautey de Casablanca, et conservateur de la Bibliothèque Municipale de cet­
te ville, répond à notre enquête sur le problème des relations juives en
ces termes dont nos lecteurs sauront apprécier la conviction et la pro­
fondeur.
Le R.P. Ignace Lepp, agrégé de l’Université, écrivain, auteur de plusieurs
ouvrages philosophiques et directeur de l'organe catholique Maroc-Monde,
répond à notre enquête par la lettre suivante:
U n’y a pire dérèglement de l’es­
prit que de vouloir les faits autre­
ment qu’ils sont.
Or, c’est un fait incontestable que,
quelles que soient nos convictions,
nous vivons une civilisation chrétien­
ne et que, sans le judaïsme, elle ne
serait pas ce qu’elle est. Le Christ,
en effet, est venu accomplir ses pro­
phéties. Nous sommes donc les uns
et les autres issus d’une même vie
spirituelle. Montaigne, dont la mère
était juive, fait partie du patrimoine
français comme Pascal qui lui doit
tant.
On n’ignore pas d’autre part tout
ce que nous devons aux fils d’Israël
de découvertes scientifiques, d’arts,
de courants féconds de pensée.
Il n’est donc pas douteux qu’Israël
est un grand peuple.
Parfois, on lui conteste le courage.
Ce n’était pas l’avis de Titus assié­
geant Jérusalem, et qu’on se sou­
vienne du ghetto de Varsovie et aus­
si de l’admirable jeune homme que
fut Guedj.
Quant à nos relations personnelles
avec les Juifs marocains, moi qui
ne suis nas nationaliste mais qui suis
patriote, qui pense que la France est
le plus beau pays, qui souhaite l’u­
nion affectueuse avec les Italiens si
semblables à nous, avec l’Espagne vi(LIRE LA SUITE EN PAGE 7)
J ’ai tro u v é to u jo u rs 1» racism e, sous
quelque form e q u ’il se présente, comme
non seulem ent philosophiquem ent in ju s­
tifiable, m ais p a rfa ite m en t absurde, ne se
fondant que su r des com plexes prim itifs,
pré-existentiels. C haque groupe ethnique
a sa m ission p a rticu lière à rem p lir dans
l'h isto ire totale de l'h u m an ité. Celle-ci,
conçue non pas comm e une chose sta­
tiq u e et to u te faite, m ais com m e une
ré alité en devenir, d ont la p erfectio n ne
sera achevée q u 'a p rès la fin d u monde,
a besoin de l'ap p o rt de tous les peuples
passés, présents et à venir. C 'est u n fait
que le peuple Juif a eu u n e m ission im ­
p o rta n te à jouer dans l'h isto ire de l’h u ­
m anité et je serais fo rt étonné d 'a p p re n ­
dre que cette m ission fû t désorm ais sans
objet. En tout cas, le# écrits révélés qui
serv en t de fondem ent à la loi c hrétienne
affirm ent sans équivoque la p a rt ém i­
n e n te qui re v ie n d ra au p euple ju if dans
l'accom plissem ent du p lan de Dieu dans
le m onde.
D 'après ce que je viens de dire, il est
évident que Je n e suis pas anti-sém ite,
pas plu s q u e je ne suis anti-russe,
a n li - allem and,
a n tl - e sp a g n o l. . .
et
nul chrétien, conscient du contenu v é ri­
tab le de sa religion, ne sa u rait l’être.
F our nous en ten ir aux relatio n s judéochrétiennes, si m on antisém itism e était
d 'origine raciale, m ais je ren ierais tous
les prophètes, loué les p a triarc h e s et
aussi le C hrist Jésus, qui. Lui, n 'a ja ­
m ais re n ié son peuple. SI m on antisém i(URE LA SUITE EN PAGE 7)
d ’un afflux considérable de cap itau x qui
font su rg ir du sol des bâtim ents de to u ­
te sorte : im m eubles, villas, usines.
— Savez-vous que quelques-uns de vos
com patriotes se tro u v en t p a rm i le* p ion­
niers du M aroc m oderne 7
— Oui, je le sais. Aussi suis-je h e u ­
re u x de voir la place q u ’il occupent au
Maroc dans les professions libérales, le
com m erce, l ’in d u strie. J e constate avec
satisfaction que les israélites tunisiens ont
acquis l ’estim e e t l ’affection des M aro­
cains grâce à le u r esprit social et à le u r
dévouem ent à la cause juive.
— Pouvez-vous nous doner quelques
renseignem ents su r la situ atio n en T uni­
sie qui soient u tiles a u x Ju ifs du M a­
roc 7
— Je ne veux pas, et vous le com pren­
drez sans peine, fa ire u n e déclaration
qui touche à la politique, ce que je
p e u x vous d ire c ’est que nos corréllgionn aires e n T unisie y v iv en t e n p a rfa ite
harm onie avec leu rs com patriotes m usul­
m ans. Il n e sa ’git pas là d ’une entente
de façade m ais d ’une e n te n te profonde
e t sincère. N ous avons trav e rsé des p é ­
riodes p a rticu lièrem en t critiques de l ’oc­
cupation allem ande e t de la g u e rre d ’Is­
raël, sans q u ’aucu n incident sé rieu x soit
n é e n tre les deux élém ents tunisiens ;
grâces en soient rendues à nos blen-alm és
souverains qui ont su vouloir e t m ain te­
n ir u n large esprit de tolérance ; les
relations e n tre les m usulm ans e t Israéli­
tes français et é tra n g ers ont été toujours
pleines de courtoisie d ’am énité et très
souvent d ’am itié véritable. Il n ’y a pas
de cloisons étanches dans la société t u ­
nisienne, dans nos réceptions, dans nos
fêtes de bienfaisance, dans nos affaires,
il y a, à m on avis, u n e p a rfa ite fusion
de tous les élém ents de la population.
Passée la crise actuelle nous reviendrons
bien vite à la douceur de vivre p o u r la ­
quelle la Tunisie est si bien faite. J ’es­
p è re que bientôt sera trouvée la form ule
qui satisfera les T unisiens sans n u ire à
(LIRE LA SUITE EN PAGE 4)
 

Noar. N° 48 (5 avril 1952) - 1/8

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