4* Année «— N° 12
1 0
F R A N C S
31 DECEMBRE 1946
Q u a n d M ê m e
a p aru
.
cla n d es fin e m e n t
d ep u is
D é c e m b r e 1 9 4 3
M o ô S W a â t è t n e ô
LA SOLUTION
CHRETIENNE
(U )
TT~\ ANS le dernier numéro de
S J Quand Même nous avons re■A— r
levé la solution que préco­
nise, sous forme déguisée il
est vrai, l’hebdomadaire protestant
Réforme pour l’intégration du Juif
« qui vise à l’assimilation » dans la
nation parmi laquelle il vit. Cette
intégration, d’après Réforme, ne
saurait être totale aussi longtemps
que l’aspirant à l’assimilation ne
voudra pas reconnaître que « le cli­
mat spirituel qui a présidé à la for­
mation d’Israël le met justement à
part des nations ». D’où la conclu­
sion qui s’impose, et bien que Ré­
forme ne la tire pas explicitement :
pour s’assimiler le Juif doit se con­
vertir.
Nous avons dit combien cette so­
lution porte à faux, même quand il
s’agit d’un Juif visant à l’assimila­
tion, la conversion étant co n sid érée ,
à de rares exceptions près, par tous
les Juifs comme un acte de renégat
et de désertion.
A plus forte raison, Réforme faitelle fausse route quand elle cherche
à attirer dans le giron de l’Eglise
chrétienne les Juifs animés d’une
conscience nationale juive, les­
quels, sans insister sur le concept de
race ni s’en glorifier, ont le « sen­
timent très vivace d’être un peuple
à part ».
Contrairement à ce que pense
F organe protestant, ce sentiment ne
se situe pas seulement sur le plan
social, il est également et avant tout
d ’ordre spirituel, mais sa spiritua­
lité, n’en déplaise à Réforme, dé­
passe largement les cadres de la
religion.
La Bible, les livres des prophètes
et tous les écrits formant l’Ancien
Testament sont, pour les Juifs
croyants, d'essence divine, donc in­
discutables, et pour eux la « sépa­
ration » d’Israël des autres peuples
ne peut avoir la signification que
lui donne l’Eglise catholique ou
protestante. Ils espèrent que la ma­
lédiction qui pèse sur le peuple juif
et par laquelle Dieu d’Israël le châ­
tia pour ses péchés, prendra fin par
la réintégration dans le chemin de
la loi mosaïque qu’il avait délaissé,
et non pas par la réintégration dans
la loi de Jésus qu’il avait rejetée.
Quant aux Juifs non-croyants, ils
voient dans l’Ancien Testament et
dans toute la littérature rabbinique
qui en est le prolongement naturel,
Varmature nationale par excellen­
ce, Vexpression du génie propre du
peuple juif qui a permis à ce der­
nier de se maintenir comme un
peuple à part alors même que les
attributs matériels de son existence
nationale lui furent enlevés.
Le martyrologe juif deux fois
millénaire, et dont l’apogée fut at­
teinte ces temps derniers, n’est pas,
lui non plus, le seul « considérant »
dans la solution nationale du pro­
blème juif.
A la tradition religieuse et aux
persécutions continuelles s’ajoute
un ensemble de phénomènes de la
vie juive qui, malgré toute leur di­
versité dans le temps et dans l’es­
pace, convergent vers une unité
organique du peuple d’Israël. Le
mouvement sioniste est devenu
l’expression vivante de cette unité,
et quelles que soient les difficultés
auxquelles il se heurte dans la réa­
lisation de son but suprême, il a
déjà su intégrer dans la « nation »
tous ceux qui se sont moralement
affranchis de la condition de dépen­
dance.
La renaissance nationale juive,
quoiqu’en pense Réforme, n’entend
pas seulement faire valoir ses droits
à la terre en se servant de la Bible
« comparable à un acte notarié » ;
elle vise aussi à transformer cette
terre en source de valeurs morales,
sociales et culturelles qui, créées
par un peuple, serviront aussi toute
l’humanité.
Et puisque Réforme a bien voulu
parler des promesses des prophètes,
qu’elle sache que ce ne sont pas les
Juifs qui entendent amputer ces
promesses de leur portée univer­
selle et de leur pointe eschatalogique.
Déjà les magnifiques exploits de
la population juive sur la terre de
ses ancêtres se dressent comme un
témoignage irréfutable de la portée
universelle de ces exploits.
Réaliser un idéal national, dans
les conditions actuelles du peuplé
juif, c’est déjà faire un acte eschatalogique. Mais au cours de cette
réalisation, de nationale les valeurs
créées acquièrent une portée uni­
verselle.
Sans parler de la mission dans le sens religieux du mot nous
avons le droit de dire que, comme
tout autre peuple, les Juifs accom­
pliront leur mission dans le Monde
en devenant un peuple indépen­
dant.
Q. M.
Quand même !
A LA POURSUITE
DE L’IDEAL MESSIANIQUE
C R É F L E X IO N S S U R LE C O N G R È S D E B A LE }
I
L est aisé d'affirmer — sans
préjuger sur ses consé­
quences politiques -*■ que
le 22e Congrès Sioniste de
Bâle restera un événement
historique. S'il est trop tôt pour
dégager nettement sa signific a ü o n ^ ‘vs3>n^crtée, d'instinct
tous ceux qui Y ont assisté ont
compris qu'ils ont été les té­
moins d'un moment de notre
histoire.
Déjà, certains discours pro­
noncés, certaines phases de
séance pathétiques sont en­
trées de plain-pied dans la lé­
gende. Certaines relations de
ce Congrès trouveront place
dans les futurs manuels sco­
laires destinés à notre jeu­
nesse.
Cependant, il semble diffici­
le de fixer avec précision les
faits qui ont contribué à don­
ner à ce Congrès son caractère
émouvant et — je ne crains
pas le terme — grandiose.
Certes, les circonstances dra­
matiques
^ lesquelles il
déferminaüonf^èvanTTesquel, les il était, à l'avance- placé,
les vides cruels et inconsolés
qui hantaient tous les esprits,
étaient déjà de nature à se
marquer d'une empreinte par­
ticulière, à lui créer une atmos­
phère exceptionnelle de gravité
et d'intense émotion.
Mais ces mémorables assi­
ses de Bâle devaient prendre
cette ampleur que confère à
toute manifestation humaine !s
sentiment de défendre des va­
leurs éternelles de droit contre
toute sa plénitude la mission
interrompue, mais toujours vi­
vace, dans nos esprits, du ju­
daïsme.
Mais ce Congrès était pro­
mis à tous les grands desseins.
Sur un autre plan, il devait éta­
blir définitivement son carac­
tère d'un véritable parlement
national. Malgré la diversité
- parCL K E L M A N
des intérêts) temporaires de
violence et d'arbitraire.
Siégeant au centre d'un,
monde brutal et égoïste, où
alternent encore les impréca­
tions des victimes avec les vocifératiohs des puissants, la
tribune du Congrès était deve­
nue le symbole de la conscien­
ce humaine, jugulée, bafouée,
mais indomptée.
Jamais encore l'idéal du Ju­
daïsme ne s'était identifié plus
intimement avec l'idéal univer­
sel de vérité et de justice. De
cette jonction providentielle de
notre cause avec celle de l'hu­
manité naissait, au cœur de
toujs ces hommes réunis, la
sensation d'avoir retrouvé dans

d'opinion, de tempéraments,
de mœurs (et peut-être grâce
à elle), l'unité parfaite dans^ la
ferveur d'un commun idéal
n'était que plus émouvante.
Cette communion trouva sa
plus haute expression lorsque
le professeur Weizmann, ré­
pondant à un interrupteur mal
avisé, s'écria : “ J'ai consacré
toute ma vie à notre cause- il
n'y a pas une pierre a Nehalel,
pas une bâtisse à Tel-Aviv qui
ne contienne une goutte de
mon sang. » Toute 1 assembléepartisans et adversaires. s|e
dressa, comme électrisée, pour
faire une ovation inoubliable,
interminable, à l'homme qui, à
cet instant, incarnait l'effort
~ DU MONT SINAI
à la Médecine moderne
PRESENTATION DU LIVRE DU PROFESSEUR H. BARUK,
{ Psychiatrie morale, expérimentale, individuelle et sociale »
b
b
=
PRESENTE A SES LECTEUR
ES MEILLEURS VŒUX POUR 1947
P
RESENTER au grand pu­
blic le travail d'un savant
est une tâche ardue et in­
grate : les problèmes et
le langage du savant semblent
hermétiques au profane ; et la
pensée scientifique que l'on
cherche à rendre accessible
court le risque d'être déformée
à force de simplifications. Ce­
pendant, J* veux courir pour
vous ce double risque; mes
raisons sont la personnalité de
l'auteur, les conditions parti­
culières qui ont donné naissance à cette œuvre, et surtout ses
attaches avec la doctrine mo­
saïque.
D
EJA l'orientation des ou­
vrages précédents du
docteur Baruk faisait
apparaître clairement
sa conception de la psychia­
trie. A l'opposé des diverses
écoles scientifiques et philoso­
phiques qui étudiaient l'hom­
me et ses maladies sur deux
plans parallèles s celui du
corps et celui de l'âme, deux
plans qui ne se rencontraient
pas, l'expérience a amené no­
tre auteur à voir dans l'homme
un tout indivisible et indisso­
luble, un être vivant dont tou­
tes les manifestations sont à
la fois physiques et psychi­
ques. Ainsi le passage du
physiologique au psychologi­
que, du corps à l'esprit, ne se
pose pas- les deux étant don­
nés simultanément, ne faisant
PAR LE DOCTEUR
IRÈNE OPOLON
qu'un, les deux présentait uni­
quement deux aspects diffé­
rents au point de vue métho­
dologique de la même réalité
vivante.
C
ETTE entité vivante
qu'est l'homme est ten­
due vers l'action. Pour
agir, l'homme est doué
d'un Instrument matériel per­
fectionné et complexe dont
l'étude est poussée assez loin
par les neurologues. Cepen­
dant, le problème devient
beaucoup plus ardu lorsqu'il
s'agit de découvrir les mobiles
de cette action. Ce qui nous
pousse à agir, c'est, selon les
uns, une construction compli­
quée de réflexes conditionnés
superposés et enchevêtrés ;
c'est, selon les autres- le dyna>
misme de nos instincts; c'est
enfin, pour M. Baruk, un prin­
cipe directeur de la conduite
qui est la conscience morale
propre au genre humain. La
conscience, tout court, se dé­
peint comme « la connaissan­
ce que l'activité psychique a
d'elle-même » ; de plus, ajoute
M. Baruh, elle n'est pas gra. ..
/
r'nnrtrri.QSrmCQ
et, de cette science, tire des
directives poux l'action. La
conscience morale est une for­
me particulière de la connais­
sance — relative au jugement
du bientôt du mcd. Comme
pour la conscience tout court,
son exercice est intimement lié
à l'intégrité de l'appareil phy­
sique, et conditionné par di­
vers facteurs physiologiques.
Elle connqît des états intermé­
diaires entre la vive clarté et
l'obscurité relative, des états
crépusculaires, des éclipses
momentanées ou partielles.
Tantôt elle est clairement con­
çue, tantôt elle est sentie obscu­
rément se réfugiant dans la
zone de la personnalité pro
fonde ; jamais, même chez le
malade le plus dégradé appa
remment, on ne peut en affir
mer la disparition totale. En­
fin, et c'est en cela que réside
l'intérêt principal de l'ouvrage
cette conscience est une ca­
ractéristique essentielle de
l'homme, elle en fait une partie
intégrante, inhérente à sa na­
ture même. L'homme est un
être social doué de sens mo
ral. Ce principe moral est irré­
pressible, comme tout ce qui
est foncièrement naturel ; tour
né ou refoulé, il se traduit par
des réactions violentes, par des
désordres dans la vie des in­
dividus et des collectivités. .
(Suite page 4)
constructif d'un peuple vers -a
libération définitive. De part et
d'autre, des mains s'arrêtaient
d'applaudir pour essuyer fur­
tivement une larme d'émotion.
Ce Congrès avait aussi trou­
vé ses tribuns, dignes des plus
illustres gloires des parlëments
d'autres nations ; quelle débau­
che de discours d'un brio,
d'une puissance d'expression
eet d'élévation de pensée, tel
le discours de Chazan, jeune
chef palestinien qui nous révé­
lait en passant les insoupçon­
nables trésors de la langue
hébraïque ressuscitée, tels cer­
tains passages du discours de
Weizmann contre le terrorisme
et dont les accents, rappelant
ceux des prophètes, boulever­
sèrent l'assemblée. Telles in­
terventions de Ben-Gurion, qu’ ­
avec une autorité d'homme de
-gouvernement martelant les
mots de toute la puissance de
son verbe, lancera : « Quand
un homme possède quelque
chose de plus cher que sa vie
même- il doit vaincre I »
Ce Congrès est en outre une
confirmation éclatante de no­
tre force morale. Confirmation
nécessaire et réconfortante
pour bon nombre de Juifs.
Pourquoi le taire ? Un senti­
ment trouble tenaille parfois
les meilleurs parmi ^ nous. Le
doute sur l'utilité de prolonger
cette lutte inégale — lourde de
souffrances et de sacrifices —
qu'implique notre acceptation
de la condition Juive.
Le lourd tribut de misères et
de deuils, l'insécurité perma­
nente. inéluctable rançon de
notre affirmation juive, ont in­
sidieusement miné notre foi on
notre cause, ont émoussé notre
conviction que l'apport du ju­
daïsme à l'humanité vaille les
Contributions de sang et de
larmes qu'à travers des siècles
nous avons consenties à un
rythme toujours accéléré. C'est
le drame de notre génération
que l'atroce épreuve hitlérien­
ne a mis cruellement à vif.
L'aveuglante lumière de la
certitude lui est refusée et, avec
elle, les compensations spiri­
tuelles qu'elle dispense.
Pour ceux-là, pour tous ceux
cjue le doute et la lassitude as­
saillent parfois, à qui la légi­
timité de notre séculaire résis­
tance ne paraît plus évidente,
ce Congrès doit être l'éclatante
épreuve de régénération de la
foi.
Oui, l'âpre lutte du Judaïsme
pour sa continuité et pour sa
rédemption national© a un
sens : le sens sublime d un
acte de justice humaine. Le
Congrès de Bâle portait en
puissance la conscience de cet­
te vérité. Il n'y a pas de vision
plus nette, plus lumineuse de
l'avenir de l'humanité qu'à
tavers la perspective d'un
| venir heureux pour le peuple
jfuif dans son foyer historique.
Par une transposition du
plan religieux sur le plan na­
tional, ou plutôt par une sub­
tile fuslsn de ces deux fac­
teurs, le 22' Congrès sioniste de
Bâle s’est élevé au sommet de
la pensée messianique en lui
insufflant une vitalité accrue.
 

Quand meme .... Vol. 4 n° 12 (31 décembre 1946) - 1/6

Suivant