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4» Année * - N ” 5-6 — M A I-JU IN .
1 0
' E ' a n -c s
7 JU IN 1946.
Rédaction — Administration
11, Boulevard des Italiens
PARIS

Tél. : RIC. 40-67
Directeur : R. GRINBERG
meme.
M E N S U E L JOE JL ,
JFJÉJDJÊRÜTION JD JE S O C I É T É S JTUJCVJES JOJE JFJRÜNCJE
Quand Même
a paru
clandestinement
depuis
Décembre 1943
NOS PROBLÈMES
PENDAMCI
II s’avère de plus en plus que maints
problèmes ju ifs ne sauraient être résolus
dans les limites de la communauté de tel
ou tel pays, et qu’il fgille y apporter un
traitement à l’échelle internationale.
Implicitement, ceci revient à dire que,
à travers le monde, les ju ifs forment une
entité qui a ses intérêts propres, ne se­
rait-ce que dans le domaine moral et cul­
turel, et qu’i l appartient à l’ensemble des
ju ifs de tous les pays de se pencher sur
ses intérêts et d’en assurer la défensse.
Si, dans le passé, la solidarité entre
communautés juives de divers pays se
concevait sous l’aspect de la charité, dé­
coulait d’un sentiment de compassion
envers les misères d’une communauté
éprouvée, elle acquiert, à présent, sa vé­
ritable signification de « dépendance mu­
tuelle » et se manifeste dans le désir de
créer des organismes «internationaux»
ju ifs propres à assurer les besoins décou­
lant de cette dépendance.
Cette nouvelle « solidarité » ju iv e est
en train d’embrasser la presque totalité
du judaïme, d’assurer la cohésion entre
-ses diverses- fractions dans les— tc&ttx ltémisphères, et en particulier, entre le ju ­
daïsme de l’Ouest et celui de l’Est.
A l’exception de quelques assimilateurs
invétérés, ont fa it leur cette nouvelle
conception de solidarité les dirigeants de
deux grandes organisations juives, l’Anglo Jewish Association et l’American Jewish Committee, lesquelles, il n’y a pas
longtemps encore, étaient réfractaires à
l’idée de défendre les intérêts ju ifs sur le
plan international.
C’est, peut-être, la nécessité de com­
battre l’antisémitisme, danger, hélas, lu i
aussi, international, qui amène les d iri­
geants de ces deux organisations à adop­
ter des moyens de défense dépassant les
cadres de leurs pays respectifs. I l n’en
reste pas moins vra i que, par leur nou­
velle attitude, l ’Anglo Jeunsh Association
et l ’American Jewish Committee rom pi­
rent avec leur passé de ” protecteurs ”
du ju if de l’Est et se mirent à combattre
solidairement pour la came juive.
Nous aurons encore l’occasion de parler
dans nos colonnes des délibérations de la
conférence qui fu t convoquée, à la fin
du mois de février de cette année, sur
l’in itiative des deux organisations sus­
nommées, et à laquelle prirent part des
représentants de plusieurs organisations
juives du vieux et du nouveau monde.
A ujourd’hui, nom nom bornerons à
signaler le voeu de la conférence ” de la
convocation, dans un proche avenir,
d’une conférence internationale tendant
à dresser un plan de reconstruction de
l’éducation juive et à faire penaître la
Si réduit que soit le rôle im p a rti par
ses promoteurs à cette ” Conférence In ­
ternationale ” , son objet étant lim ité à
la renaissance de la culture juive en Eu­
rope, nous devons saluer le premier- essai
d’associer toutes les communautés juives
de notre continent à un trava il d’ensem­
ble, sans distinction de citoyenneté, et
sans qu’il en soit question de ” protec­
teurs ” et de ” protégés ” ,
Q. M.
DE L'AIR PUR POUR NOS ENFANTS
UN APPEL
delà ' ;
d é liâ m e s de la F. s. J .F.
Avec l’approche de l’été, le
problème de l’envoi à la campagne
des enfants Juifs déshérités se
trouve posé. Diverses œuvres spé- ’
cialisées qui ont tenté d'organiser
des colonies de vacances se sont
heurtées à des difficultés insur­
montables d’ordre technique et
financier.
Réunies sous l’initiative du bu­
reau de la Fédération, différentes
sociétés affiliées se sont mises
d’accord en vue d’établir un plan
d’Organisation de colonies de va­
cances en commun.
D’ores et déjà, plusieurs colonies
sont en voie d’aménagement en
Dordogne, dans le Doubs, et dans
les Alpes Maritimes. En outre,
plusieurs centaines d’enfants pour­
ront être envoyés en Forêt Noire
et un certain nombre en Suisse.
Le programme-minimum prévu,
porte sur 2.000 enfants. Il s'agit
d’assurer matériellement, leur
séjour, d'organiser leurs loisirs
dans un climat conforme à nos
traditions nationales.
UNE
CODFÉREICE
de
Cette énorme et noble tâche
exige tous nos efforts, tous nos
soins. Il nous faut des cadres; il
nous faut des fonds. Est-il vrai­
ment nécessaire de souligner com.
bien nos enfants ont été doulou­
reusement meurtris au cours des
terribles aimées passées ? Il faut
que notre entreprise soit une réus­
site totale, absolue. C’est un de­
voir sacré auquel nul n’a le droit
de se dérober.
La Commission de Vacances de
la Fédération des Sociétés Juives
de France commence la « Cam­
pagne de l’air pur pour les En­
fants juifs » . .. Nous ne doutons
pas que son appel soit entendu
par tous et que très rapidement
seront réunis tous les fonds né­
cessaires à la réalisation de cette
belle œuvre de régénération na­
tionale.
R o b e r t G A M Z O N
au Centre d'Action
et d'information Juifs
M. R obert Oamxon (Castor),
Com m issaire N a tio n a l des E c la i­
reu rs Is ra ë lite s de F rance, de re­
to u r des E ta ts-U n is où i l a f a it
une tournée de propagande pour
l’U n ited Jew ish Appeal, a f a it h ie r
une causerie fa m iliè re au Centre
d’A ctio n et d’in fo rm a tio n s J u ifs ,
patronné p a r l’ Union des E tu d ia n ts „
Ju ifs. B ie n qu’i l ne commisse des
E tats-U n is. « que des hôtels et des
nuages », M. Gamzon a f a it un ex­
posé très v iv a n t de la vie en Am é­
rique.
I l souligna la grande so lid a rité
des J u ifs am éricains entre eux et
vis-à-vis des J u ifs d’E urope et de
Palestine. « Presque tous les J u ifs
am éricains » so n t sionistes, sio­
nisme qu i consiste non pas à vou­
lo ir soi-même v iv re en Palestine,
m ais à appuyer le sionism e par
leurs e ffo rts et leurs gros moyens
fin a n cie rs ».
L a situ a tio n des J u ifs d iffè re
sensiblement aux E ta ts-U n is et
dans les autres pays. E n e ffe t, les
E ta ts-U n is co n stitu e n t une congré­
ga tion de gens q u i o n t des attaches
ailleurs. Les attaches des J u ifs
avec l’Europe et avec la Palestine
sont donc to u t à f a it normales.
M. Oamxon conclut en ra p p ro ­
chant l’atm osphère d’un dîn er du
vendredi so ir dans une fa m ille
ju iv e d ’A friq u e du N o rd et dans
une fa m ille ju iv e d’A m érique. I l
v o it dans ce rapprochem ent le
sym bole même de l’u n ité du peu­
ple Juif.
r
M. Oamxon ré p o n d it ensuite à
des questions q u i lu i fu re n t posées
p a r les auditeurs.
A LA RECHERCHE D'UNE PATRIE
Un exposé scientifique, sous ce titre, du terrible mal dont souffre actuellement l'Europe ( 1)
Tant de livres, depuis que les
plumes sont libres. Tant de livres
essayant de décrire et compren­
dre le mal que le monde a subi
et continue de subir. Les exal­
tations qu'il a causées chez ceux
qui se sont levés et ont agi; les
effondrements trTTtfe ceux qui se
sent terrés et courbes.
Tant de livres : souvenirs de
combats, confessions de paniques,
repliements religieux, vains appels
aux anciennes sécurités. Et le re­
doutable refuge de la superstition
criant misère à un Dieu ou à un
homme.
Où gît, parmi cent motifs que
tournent et retournent tant de li­
vres malheureux, la raison cen­
trale, le foyer de cette épidémie
d'impuissance ? Qu'est-ce qui pro­
voque, à toute occasion, l'arrêt
ou la déviation de la Justice, seul
principe ferme et survivant au mi­
lieu des ruines p^jtiques et mo­
rales qu'a a m e i^ ^ H p d e longue
date, un deboi^^^^B d'in justice
qu'un peuple ^ ^ ^ ^ ^ ^ j^ re s s e ,
d o n M L ^ ^ j
vouUMmpose?
Dans cette omeuritd, Emplie de
confusion et d'agitat on épuisan­
tes, voici, du moins, un livre, un
livre anonyme, qui donne de la lu­
mière. Il n'est pi?/ J'-suvre d'une
seule personne. La marque de la
personne n'est que dans son or­
dre, sa rigueur, son style net, cou­
pant et loyal. Il sort d'un centre
d'observations objectives fixées, à
froid, toute l'année dernière, dans
la lucidité de la libération, mais
issues, auparavant, dans le risque
et le danger, d'expériences brû­
lantes pratiquées à même la chair
de la France déchirée et, en par­
tie, corrompue. C'est un livre de
laboratoire. C'est un « état » de
la situation de l'Europe vue de la
France et sur des témoignages et
preuves recueillis, à vif, en France.
A travers ce livre apparaît, en­
fin, dans la profondeur des tissus
déchiquetés de l'Europe, la vérité
de sa souffrance, le « haut mal »
qui la ronge. Elle vit dans l'insta­
bilité d'une perpétuelle migra­
tion. Mais cette migration se pro­
duit sur place, piétine. L'Europe
est paralysée par ce mouvement
immobile, analogue aux tremble­
ments et trépignements désordon­
nés dont sont affligés certains
paralytiques.
Ainsi que l'explique, en son
bref avant-propos, l'Abbé A.
Glasberg, fondateur du « Centre
d'Orientation Sociale des Etran­
gers », animateur des « Etudes
xénologiques», il s'agit là d'un
processus morbide non localisé, de
l évolution de troubles migratoires
tenant à des mobiles généraux.
La fatalité en est tellement irré­
ductible que, jusqu'à présent, ni
les lois, ni les administrations ne
réussissent à I entraver. Elles ne
la veulent même pas. Quand il
y a des bonnes -, volontés, elles
sont, elles-mêmes, paralysées. Le
plus souvent il n'y en pas ; il sem­
ble que, d'avance, |a volonté se
soumette, au prix de l'iniquité, à
quelque chose d'impérieux qui
l'annihile.
De ce soulèvement d'humanité,
jeté dans un tourbillon inutile, ce
livre nous donne, d'abord, l'aspect
géographique, panorama tumul­
tueux de tranches de peuples, de
morceaux de nations changeant
de territoires, s'intervertissant, se
chevauchant. Le Sol humain de
l'Europe, avec ses répartitions
nationales et ses soudures fronta­
lières, de l'autre grande guerre à
celle-ci, n'a cessé de craquer et
s'ajoutèrent les impulsions de la
terreur I
Il naquît de ce séïsrne ethnique
qui effaça les frontières et en­
chevêtra, en un amas de décom­
bres, les patries, un type d'homme
avec lequel on s'était familiarisé
depuis la révolution russe, dont le
nombre s'accrut après les révolupar
H je jn jr jl H E R T Z
se disloquer. Il est devenu meu­
ble comme une banquise. La
guerre en a provoqué la débâcle.
Maintenant, on ne sait plus com­
ment arrêter les ébranlements, les
tours et retours de sa précipita­
tion sans issue.
Des millions d'hommes déplan­
tés, ne se sont pas replantés.
Déjà, lorsque leur mise en mouve­
ment ne provenait que de déci­
sions et conventions d'Etats, on
mesura à quel point c'était diffi-XTLLtoira. !f>u© f ui ^
quand les brutalités soudaines de v
la guerre s'en mêlèrent, quand le
passage des armées sarcla les ter­
res, rasa les villes et les villages
et qu'aux injonctions de la force
fions mussolinienne et hitlérienne,
après la guerre d'Espagne, et qui,
à présent, est légion : l'apatride.
«A la recherche d'une Patrie»?
Par milliers, .en Europe, désormais,
des hommes n'ont plus que cela
pour but et pour destinée. On
peut dire que c'est leur seul tra­
vail et, autour d'eux, le seul tra­
vail de quelques hommes géné­
reux, ardemment appliqués à leur
retrouver une Patrie, et de quan­
tité de fonçait.nnaires revrAv.
re'fîïSârT
qui est dramatique, c'est q j
le zèle magnifique d'j
donald, héritier de Nansen, ni
l'opposition larvée des bureaux
n'aboutissent jamais. L'apatridie
reste indéfiniment insurmontable
et indéfiniment insoumise. Ceux
qui voudraient la réglementer en
la délivrant, comme ceux qui le
voudraient en l'incarcérant,
échouent également. Les artisans
du mieux et ceux du pire sont pa­
reillement pris dans la fatale apa­
thie mouvante.
Le symptôme le plus halluci­
nant que l'on en ait est fourni par
l'attitude des autorités d'occupa­
tion de l'Ailemagne vaincue. Elles
se sont installées avec une noble
intention de Justice. Les Nations,
libérées par elles, l'avaient aussi.
Or, elles rivalisent d'injustice.
Entrebâillés, les camps d'hoçreur
se referment. Entr'ouvertes, les
frontières se barricadent. Tant pis
pour ceux qui n'ont pas su passer
à temps ! Même ceux-là, on les
voit revenir : les nations et les
armées d'occupation se les ren­
voient. Dans les nations, on les
assassine, dans les camps on les
laisse dépérir.
L'Abbé Glasberg et ses colla­
borateurs ont suivi, étape par
‘ (Suite page 2, l r« colonne)
(J) Centre d Orientation so­
ciale des Etrangers. — Editions
« Réalité ».
CE Q U ’O N P E N S A IT D E S JU IFS
A P A R IS E N 1790
Sous ce titre , le 27 mars
1898, M. Sigismond Lacroix
a fa it, à la séance annuelle
de la Société de l’Histoire de
la Révolution française, une
lecture des plus captivantes
qui nous semble d’actualité.
Nous aurions aimé la repro­
duire intégralement, mais
faute de place et à notre v if
regret, nous lu i empruntons
seulement quelques passages
caractéristiques.
Le patriotisme, le courage,
l’héroïsme des Juifs font par­
fois sourire les personnes qui
ont appris à connaître leurs
concitoyens de confession
mosaïque à travers le prisme
déformateur des pamphlets
de triste mémoire.
Pourtant, l ’histoire d e s
Israélites, si fertile en épi­
sodes dramatiques extraordi­
naires, est saturée de témoi­
gnages irrécusables de leur
force d’endurance, de leur
potentiel de témérité, de leur
esprit de dévouement et de
sacrifice en présence des
situations les plus périlleuses
et inextricables.
Nous ne rappellerons pas
ici les exemples bibliques
dans lesquels sont exaltés, en
termes sublimes, la fidélité
indéfectible des Juifs, hom­
mes et femmes, aux tra d i­
tions et vertus ancestrales ;
leur attachement farouche au
sol qui les a vus naître, leur
infinie compassion pour les
malheurs du prochain, les
trésors inépuisables de leur
charité à l’égard de leurs pro­
pres adversaires et leur indul­
gence envers leurs ennemis
qu’ils sont plus enclins à
plaindre qu’à accabler.
par Sam LEVY
Ancien rédacteur en chef du
J o u rn a l de Salonique
Le nationalisme des Juifs
est tellement proverbial que,
ne pouvant le nier, le s
« antis » incorrigibles en
font un reproche, voire même
un crime.
Ne nous laissons pas domi­
ner par des sentiments cha­
grins et évoquons quelques
références réconfortantes :
Dans son remarquable
ouvrage, Les derniers jours
de Jérusalem, F. de Soulcy
d it textuellement ce qui suit
et qui rappelle la révolte hé­
roïque des Juifs de Varsovie
en 1944 :
« Jamais, en aucun temps,
nation n’a tant souffert, et
ne s’est jetée si bravement,
tout entière, entre les bras de
la mort, pour échapper au
plus poignant des malheurs,
à l’envahissement et à l’assetvissement par la force bru­
tale des armées étrangères.
» Honneur, donc, aux illus­
tres m artyrs du patriotisme
judaïque, car ils ont payé de
leur sang le droit de trans­
mettre à leurs descendants
le souvenir de la plus belle
résistance qui ait jamais été
opposée par les faibles contre
les horreurs de la conquête. »
Schleiden, auteur d’une mo­
nographie sur Les Juifs au
moyen âge, rappelle la lutte
acharnée des Juifs d’Arles
contre les barbares, leur dé­
fense de Naples contre Béli­
saire, leur garde des gorges
des Pyrénées contre les
Francs et d’autres « épopées
qui les mettent au niveau des
plus grands héros dont parle
l’histoire ».
Tous les historiens et écri­
vains consciencieux qui se
sont penchés sur le problème
du peuple d’Israël n’ont pu
s’empêcher de rendre hom­
mage aux qualités morales et
aux mérites civiques des
Juifs. Parmi ces derniers,
comme parmi toutes les na­
tions et les adeptes de toutes
les croyances, i l peut se trou­
ver des brebis égarées. I l est
aussi absurde que stupide de
les confondre avec la masse,
avec l’universalité des congé­
nères.
Nous aborderons un jour
en détail ce chapitre. Lais­
sons pour aujourd’hui la pa­
role à M. Sigismond Lacroix
et retenons son témoignage.
Voir page 4 les extraits
de la CAUSERIE de M.
SIGISMOND LACROIX.
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Quand meme .... Vol. 4 n° 5-6 (7 juin 1946) - 1/8

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