R édaction — A dm inistration
P u blicité

29, rue Saint-Lazare
PARIS
Tel. TRI. 54-64
Directeur : R. GRINBERG
5 A nnée — N* 3
10 FRANCS
MARS 1947
R E V U E
m e n s u e l l e
o i e
l ü
F É D É R A T I O N
OIE SO C IÉ T É S JfiaiCVlES OJE IEKH.INCJE
« Le sa b o ta g e e s t à l'or­
dre du jour a u x In d es, en
E gypte et en Birm anie, m a is
la c h o se qu'il faut con server
à tout prix est le droit d e
n ou s rid icu liser et d e n o u s
faire h aïr par le m on d e au
su jet d e la P a lestin e a u prix
d e 82 m illio n s d e liv res ».
W inston Churchill
(Discours aux Communes,
13 mars 1947).
NOS PROBLEME
A côté ou au-devant
DE L'HISTOIRE
Il serait oiseux de collectionner les
multiples témoignages d’admiration que
suscitent, dans la presse française et
mondiale, la résistance et la construc­
tion juive en Palestine.
Même les actes de « terrorisme »,
réprouvés à juste titre, par les organes
responsables du judaïsme palestinien,
n arrivent pas à aliéner les sympathies
de Vopinion publique envers la cause
juive en Eretz.
Par ailleurs, le monde civilisé a ap­
prouvé entièrement le refus plein de
dignité que l’Agence Juive avait opposé
aux autorités britanniques à leur de­
mande de « collaboration », en vue de
dépister les formations clandestines qui
combattent les occupants.
Une lettre publiée dans le New York
Herald Tribune (Edition de Paris, 20
mars) reflète excellemment l’attitude
prise par U opinion publique non-juive
à l’égard de la lutte du Yichouv contre
les Anglais.
« Je ne suis pas Juif, mais Irlandais,
écrit M. Robert O’Reilly, et c’est pour­
quoi je ne me suis'^j&friais fait d’illu­
sions sur les Anglais. Bien plus, jusqu’à
ces derniers temps, je n’avais pas d’af­
fection particulière pour les Juifs. Mais
j’étais en Palestine Vannée dernière et
j’ai appris à admirer ceux qui luttent si
héroïquement contre un régime brutal
et meurtrier...
« Le Juif a enfin trouvé son âme,
nous sommes témoins de la, renaissance
de la Nation juive en Palestine. Cha­
peau bas devant eux... »
Le fait que cette lettre émane d’un
patriote irlandais, c’est-à-dire du fils
d’un peuple qui avait, lui aussi, maille
à jxtrtir avec Voppression anglaise, ne
diminue en rien la, valeur de ce témoi­
gnage. T oui au plus, pourrait-on lui re­
procher un excès de tendresse envers
les méthodes de combat pratiquées fxir
VIrgoun et de ne pas assez tenir
compte de la résistance de la Hagana.
Il lien reste pas moins vrai que M. Ro­
bert O’Reilly exprime, dans sa lettre,
sa profonde sympathie envers les com­
battants de la résistance juive en Pales­
tine et il pose la question : « Pourquoi
ne pas aller au-devant de VHistoire et
leur donner le nom qu’ils méritent
grandement et en toute justice : des
Patriotes ».
Ce n’est que dans quelques milieux
juifs, forts restreints heureusement et
dont Vinfluence politique et sociale est
des plus insignifiantes, que Von trouve
une incompréhension obstinée de l’épo­
pée qui se déroule en Terre d’Israël.
Un écho de ce comportement pusil­
lanime nous parvient de Pologne où
seule la fractiion du groupe « Bund »
(Union de Socialistes Juifs) a refusé de
s’associer à la résolution prise par la
Conférence des Comités juifs de ce pays
protestant contre la terreur anglaise en
Palestine et exprimant « sa solidarité
fraternelle avec le Yichouv dans le dur
combat pour son indépendance »...
Plaignons ceux des nôtres qui pas­
sent à côté de VHistoire et sachons gré
à ceux qui demandent que Von aille audevant d’elle.
Q. M.
JUIFS, ISRAELITES, HEBREUX...
l'ai là, sur mon burerau, un
tract. Il émane du « Comité
Hébreu de Liberation Nationa­
le ». Ce tract annonce un mee­
ting. Il se pare de noms presti­
gieux. Tout l'arc-en-ciel de la
politique française... Je suis
perplexe. Je sais que logique­
ment je devrais me montrer
heureux, peut-être même ému,
en songeant que des personna­
lités aussi diverses, aux opinions aussi contradictoires,
viennent ainsi, publiquement,
prendre parti poy^notre cau­
se, à cet instant même où l'his­
toire de notre peuple entre
dans une phase sans aucun
doute décisive. Pourtant, il se­
rait vain de me le cacher,
j'éprouve un sentiment de
gêne.
* *
Je précise. Il ne s'agit pas
seulement d'un point de vue
d'ordre politique. Juif moyen,
je connais, comme beaucoup
de mes semblables, les plus
grandes difficultés à me re­
trouver dans l'invraisemblable
pullulement des partis, organi­
sations, rassemblements, comi­
tés sionistes, prosionistes, ul­
tra-sionistes.. TL; '^fm 'appartient pa<>
...
position, vis-à-vis de ce « Co­
mité Hébreu de Libération Na­
tionale ». Ce qui me gêne, ce
qui m'inquiète, c'est l'usage
qu'il veut faire du mot « hé­
breu ».
* *
Avant cette guerre, la diffé­
rence entre Israélites et Juifs
était grande. Cette distinction,
artificielle dans son essence,
était tantôt l'œuvre de nonJuifs, tantôt celle de Juifs. Dans
les deux cas elle correspondait
toujours à un mobile de calcul,
de lâcheté, parfois d'incons­
cience.
■ù -ù
Dons son roman, « Le singe
vert » publié vers 1923, Hervé
Lauwick, met dans la bouche
de deux de ses héros a très
parisiens » les répliques que
voici :
DAISY GONZALEZ. — Pour­
quoi distinguez-vous en France
le juif de l'israélite.
MAURICE D'HUPONT. —
Parce^ que c'est extrêmement
important. On appelle isiaélite
toute juif qui habite les VHP
et XVI” arrondissements.
* ☆
J'ai connu des Juifs qui ap­
partenaient . au Parti Social
Français de feu le Colonel de
— Je suis israélite 1
Ceux qui n'ont pas la mé­
moire courte savent bien que
je n'invente rien.
* *
Les antisémites se devaient
de s'emparer de ce distinguo.
Rien de paradoxal à cela.
Voyez plutôt les procès des
collaborateurs : lequel d'entre
eux n'a pas sauvé son juif, son
* israélite » plutôt. Pour eux la
chose était des plus .simples.
S'il était de gauche, l'homme
était juif. De droite, ce n'était
plus qu'un israélite.
■à -ü
J'avais à Condorcet un excel­
lent camarade, aux opinions
fort tumultueuses, maurrassien
convaincu et champion du
s
par SAM SISSIM
LaRocque. J'en ai connu un au­
tre qui s'affichait royaliste...
Comme des voleurs qui crient:
« Au voleur ! » pour essayer
de détourner les soupçons...
~P
a -ù

Il s'appelait Bloch. J'ignore ce
qu'il est devenu. Je l'avais con­
nu en vacances. Il collait sur
les murs de petits papillons
blancs, bordés de bleu et de
rouge. Sur les petits papillons
il y avait marqué : A bas les
métèques !...
Il convint que par métèque
il entendait désigner les juifs
étrangers.
— Pourtant, lui dis-je, toi-mê­
me, tu es juif !
— Je suis Français...
— D'accord. . . N'empêche
que tu t'appelles Bloch...
couteau de cuisine. Du matin
au soir, et peut-être aussi du
soir au matin, dans ses cau­
chemars, il vouait Léon Blum
aux Gémonies. C'était fort à la
mode e n ce temps-là. Toute
son argumentation était basée,
dans sa presque totalité, sur le
fait que Léon Blum était juif.
Imaginez ma surprise de l'en­
tendre un beau jour faire l'élo­
ge le plus dithyrambique qui
son du pauvTe Georges Mandel.
Je peux l'avouer aujourd'hui.
11 y avait du sadisme dans
mon plaisir lorsque je lui fis
remarquer que Mandel étctit
juif, tout comme Blum. De ce
fait, il était nettement en con­
tradiction avec lui-même...
Pour être juste, je dois dire
que sa surprise fut aussi gran­
de que la mienne :
La Conférence de Jean Ca
Le 15 février, dars la grande
salle de la Maison de la Chimie,
s c js la présidence du poète An­
dré Spire, Jean Cassou a fait la
première conférence de 1947. don­
née par l’Union des Intellectuels
Juifs de France.
Bien que n’ayant pu être an­
noncée par les journaux en grè­
ve, cette réunion a eu le succès
que l’Union en attendait : le suc­
cès discret et fin dû à une assis­
tance nombreuse composée de
personnalités très diverses de
l’élite intellectuelle de Paris.
Depuis sa création, l’an dernier,
l’Union cherchait l'occasion dé
faire justice de la prévention que
l'on pouvait avoir contre son titre
où certains voyaient une sorte de
dangereux séparatisme.
La participation de Jean Cas­
sou,-la façon dont 11 a parlé de
« L’Intelligenoe Juive , sa ré­
ception par André Spire ont, sans
nul douce, fait disparaître ces ré­
ticences.
L'intention générale de l’Union
a été, d’ailleurs, clairement expli­
quée et soulignée par Henri
Hertz qui a ouvert la séance dans
les termes suivants :
Mesdames, Messieurs.
Il n’est pas superflu, je pense,
de dire quelques mots sur le sens
général de cette réunion dont l ’Union des Intellectuels Juifs de
France est très chaleureusement
reconnaissante à Jean Cassou et
Ardré Spire et à tous ceux qui son!
venus les entendre.
Dans les remous où reste engagé
le monde Juif d’Europe, avec ses
camps d'exil interminablement
sans issues, avec ses migrations
désespérées qui n’arrivent à se
fixer nulle part, et recevant, de
tous côtés, les éclaboussures de
l’hitlérisme qui, en beaucoup d’en­
droits, sont encore de sang, dans
cet horrible tumulte mal apaisé,
chaque occasion de prononcer 13
mot Juif demeure aléatoire. On ne
sait jamais au juste comment ce
petit mot sera accueilli, ni .s’il ne
se trouvera pas quelqu’un qui,
brusquement, en fera un gros mot.
On va m’accuser, de nouveau,
d’apologétique : mais il est bien
mai que c’est un des mots dont la
feuille de température est le plüs-,
mouvementée, dont le clavier est
le plus étendu, allant des cimes
des Ecritures, des sommets de
l’histoire et de l’exégèse,' des hau­
tes paroles d’un Bossuet ou d’un
Michelet et, dans un autre domai­
ne, des champs, des orangeries et
des vergers confiants de Palestine,
aux crachats des graffitii.
Puisqu’au centre de cette ré­
union se trouvent deux grands
écrivains français et puisque les
écrivains se soucient, passionné­
ment, avant tout, de la portée des
mots, à ce qui sera dit aujour­
d’hui s’attachera, sans nul doute,
en toute franchise et loyauté, le
soin minutieux et, dirai-je, l’a­
mour-propre professionnel de bien
mettre, enfin, à sa place et sa va­
leur le mot français : « Juif »,
dans son droit, dans sa longue tra­
dition universelle, et la légitimité
actuelle de son usage.
Il est associé, ici, au mot : in­
tellectuel et au mot : intelligence.
Ou ne peut mieux le mettre à, l’a­
bri des basses interprétations.
On nous a souvent demandé :
Pourquoi une Union des Intellec­
tuels Juis ? Pourquoi cette dis­
tinction ? Parce que de la distinc­
tion monstrueuse qui a été faite
les Juifs hors du monde, il est sor­
ti, sur le plan social, et parmi eux
pendant quatre ans et qui a mis
nombre d intellectuels, des hom­
mes qui n’ont plus eu ou, fière­
ment, n’ont plus voulu avoir d’autres qualifications et ont besoin
d attentions particulières ; et
parce, sur le plan de l’esprit, on
,l dû reconnaître que le désastre
juif était, en partie, imputable à
l hypocrisie, à la dissimulation et
la mauvaise honte dans lesquel­
les étaient maintenues la culture
des oeuvres juives et leurs impul­
sions originales. Tel est le double
out de restauration et d’enhardissement d’une Union comme celleci. Mieux elle s’accomplira, plus
elle sera nette et franche, plus facilement et harmonieusement s’alliera-t-elle et s’égalisera-t-elle
aux autres Unions de même or­
dre. C est un motif de plus de
nous réjouir que Jean Cassou, Pré­
sident du Comité National des
Ecrivains, soit parmi nous.
Si les intellectuels qui sont ici
se rangent à ces vues, je les prie
j ”°_us en donner témoignage en
adhérant ce soir même à l’Union
lare S° n S*êg,e’ 29’ nte Salnt~LaoubiioH* pas, — et pourrionsl i l J ° U bJ lî r, ' — <ï“e le mot
« Juif » est le mot français qui,
sur le sol français, ou furent plan­
tés les arbres de la liberté, a por­
té le plus grand poids de mort Et
sur tes murs, on lui accole tou­
jours le mot de mort. Aux intel­
lectuels, tous rassemblés, de dé­
fendre, de pacifier ce petit mot
si bousculé, si surmené.
En terminant, Henri Hertz a
indiqué combien est déjà signi­
ficative, à cet égarb. la rencontre,
comme écrivains fro " ^ ls>J},6 Jean
Cassou et d'André SPlre- Elle 1 est
davantage encore
fait de leur
amitié de trente ans. aujourd’hui
retrouvée après des événements
qui au raient pu IL,b.r‘®er. et du­
rant lesquels ds , TfL*- du me­
me combat l'un Ici.î, * en­
nemi, le double ennemi », 1 autre
au loin, contre s°n influence.
De cette rencontre d à présent,
symbole et symptôme de la paix
intellectuelle raviw®. André Spi­
re avait offert If3, tendres pré­
mices en envoyant ses amis de
France en 1945 3°D J lvre « Poè­
mes d’ici et de là-fcas » paru à
New-York.
.
Prenant la présidence de la ré­
union, après la courte allocution
d’Henri Hertz, And te Spire a
parlé de Jean Ca* 3 'que « nous
crûmes assassiné » août 1944,
imap-p trae’iaue- évoquant celle de
S r ^ o r t d^e'pé^y. mais à quel
point plus exceptionnel^ piU3
hors la loi des armes, sur les rui­
nes du droit humain sur )»<, rui­
nes momentanées
la France,
à l'aube de la US**"®Qui était-ce ce Jean Cassoulà, par rapport au Jean Cassou
d'autrefois •
,
André Spire, rg'P^ant la pre3 T m » « î l
fusion de ce que tut et de ce
qu’est devenu Jean Cassou s’est
faite d’etUe.même.
« Avaient-ils tort, ces deux gos­
ses, de penser que ces guerres,
même victorieuses, ne peuvent
nous débarrasser de ces tueries
périodiques f Après la guerre, la
paix. Mais après la paix, la guer­
re. Et cela indéfiniment. Ce qui
tuera la guerre, c’est la déprécia­
tion de Vesprit de guerre, les crts
« à bas la guerre », la diffusion
inlassable de slogans pacifistes,
des « Groupons-nous » et « De­
main », des « L’Internationale
sera le genre humain », même si
ce français contestable agace l oreille trop délicate des petits jeu­
nes gens bien élevés.
Et c’était lui, c’était vous, l’un
de ces hommes de la main tendue,
des bras ouverts, de ,ces sortes
d’objecteurs de conscience, l un ae
ces pacifistes bêlants comme ) atmis tendance ô les appeler au
fond de moi-même, de mon vieux
fonds de Juif lorrain, cocardier,
quarante-huitard, qui étiez deve­
nu le Jean Cassou, Commissaire
de la République de la Région d"
Toulouse, apres avoir été le Jean
Noir de la Résistance, emprisonne
par le Gouvernement de Vichy, et
qui, mis au secret, avait composé
sans papier et sans encre, et re­
tenu, dans sa prodigieuse mémoi­
re. les 33 sonnets publiés clandes­
tinement par les Editions de Mi­
nuit.
Oui, le même pacifiste. Un hom­
me de la tendresse, de }“ b°ntéUn doux, non pas un tiède, un
homme resté parfaitement en ac­
cord avec les rêves de sa jeu­
nesse.
Car, ce n’est pas comme Péguy,
par obéissance aux traditions sé­
culaires, qui mènent les hommes
moyens aux abattoirs, dressés par
les maîtres de la finance et de la
guerre qu’avait pris le maquis le
Jean Noir, le Jean Cassou d’après
le désastre de 1940.
C’était la même haine de la for­
ce, qui animait le Jean Cassou de
1940, que le jeune Cassou de 1918.
Mais après 1940, c’était, comme
la Commune de 1871, la révolte
contre les conséquences d’une
guerre perdue, le pays mis à sac,
le sabre et le bâillon conjurés con­
tre l’indépendance de l’esprit.
C’était l’acte révolutionnaire patexcellence, le refus d’un fils de la
Révolution Française, dont les as­
semblées ont, à plusieurs repri­
ses, affirmé, et l’Assemblée Na­
tionale de 1946. renouvelé, le prin­
cipe que la résistance à l’oppres­
sion est le plus saint, le plus sa­
cré des devoirs.
Mais outre cette synthèse de
l’amertume de 1918 et de l’ienthousiasme justicier de 1940 une
autre synthèse profonde s’est réa­
lisée chez Cassou, celle de l’hom­
me d'action et du poète.
Car pour lui, la poésie n’est pas
distractio-n de classes fatiguées,
d hommes aspirant au repos dans
des esthétiques admises, où tout
somnole, bien rangé, bien classé.
C’est l’aspiration sans cesse mon­
tante des êtres qui veulent sans
cesse se dépasser eux-mêmes.
C’est la suite des révolutions.
Etre poète, c’est la révolte per­
pétuelle contre la Société qui nous
(SUITE PAGE 4)
— Je ne comprends pas du
tout ce que tu veux dire, me
répliqua-t-il avec un charmant
sourire, dont je ne saisis que
bien plus tard l'atroce ironie.
Blum, c'est un Juif ! ce n'est
certes pas moi qui irai soutenir
le contraire. Mais Mandel, lui,
c'est un israélite...
•h i5r
Depuis la guerre, depuis sur­
tout que le Parti Communiste
est devenu le premier Parti en
France, les éléments réaction­
naires se sont livrés en toute
hâte à une certaine révision
des valeurs. Révision de cir­
constance d'ailleurs et qu'il
convient de ne pas prendre au
sérieux. En langage clair, cela
signifie que par la grâce de
ces messieurs grand nombre
de juifs sont passés de l'état
de juif à celui d'israélite. Cela
signifie aussi qu'il reste encore
des juifs qu'il serait bon de
renvoyer à Auschwitz au plus
tôt...
it -C t
Il y a quelques jours, j'ai re­
vu mon camarade. Je dois dire
que pendant l'occupation il
s'est somme toute assez bien
comporté. Non, bien sûr, il n'a
pas fait d e la Résistance; mais,
étant donné ses opinions, n'estce déjà pas fort méritoire qu'il
ne se soit livré à aucun acte
de collaboration ?
Je T'ai retrouvé, l'œil morne,
la mine défaite, le ton chagrin.
Le manque de presse semblait
l'avoir sérieusement éprouvé.
Il m'a longuement parlé de la
campagne de « Réconciliation
Nationale » lancée par le P.
R.L. Il s'étonnait de l'hostilité
quelle rencontrait...
Nous nous étions mis à mar­
cher le long du boulevard. De
lui-même, il s'arrêta devant
l'immense affiche. Celle par
laquelle Léon Blum annonce
les « 5 % ».
Un grand homme, soupirat-il, dommage qu'il soit vieux.
De Gaulle ou lui... Je ne vois
qu'eux pour sauver la France...
A dix ans d'intervalle,
j'éprouvai la même surprise. U
est vrai que je n'éprouvai au­
cun plaisir à lui rappeler que
Léon Blum était juif... et que
justement au cours d'un mee­
ting organisé en faveur de cet­
te « réconciliation nationale »
qui lui tenait tant à cœur, on
avait crié : « Les Juifs au cré­
matoire.'.. »
Cette fois-ci encore, sa sur­
prise ne cédâ en rien à a
mienne :
— Tu ne comprendras donc
jamais rien à rien, ricana-t-il
en haussant les épaules. Blum
c'est un israélite...
û û
Seulement voilà. Si au re­
gard des antisémites de nom­
breux juifs sont devenus des
israçlites, par un juste retour
des choses, les israélites, eux,
sont à leur propres yeux, re­
devenus des juifs. Certes, les
causes de ce retour sont dou­
loureuses — c'est le moins
qu'on puisse en dire — mais
ses effets, eux, ne peuvent en
être que bienfaisants.
(SUITE PAGE 2)
 

Quand meme .... Vol. 5 n° 3 (mars 1947) - 1/6

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