a
5" Année — N" 4
Rédaction — Administration
Publicité
29, rue Saint-Lazare
PARIS
Tel. TRI. 54-64
xo f r a n c s
AVRIL 1947
Directeur : R. GRINBERG
-* à
jjie v ü e m e n s u e l l e oie lus.
LJÉUJÉU.US.'XIOI^î ]D3E^b SOCIÉTÉS JU IV E S UE FRANCE
« Î3 n'ai pas peur de la
mort Un soldat ne peut
qu'être heureux de mourir
pour sa cause. »
DOV GRUNER.
MOS PROBLEME S)
AFFIRMATION
JUIVE
L
'ARTICLE de P. Berline sur le philo­
sophe et écrivain russe V. Rozanov,
publié dans le dernier numéro de
« Quand Même », nous a valu des repro­
ches de la part de quelques intellectuels
juifs originaires de Russie.
Ayant surtout connu la; production jour­
nalistique de Rozanov, qui prêchait l'an­
tisémitisme le plus vulgaire et dont « cer­
tains libelles, comme dit Berline, pour­
raient être signés par Hitler », nos criti­
ques s'indignent qus « Quand Même »
eût jugé possible de faire une réclame à
1' autre » Rozanov, qui glorifiait le ju­
daïsme comme entité spirituelle et qui
vouait la plus profonde admiration à la
famille patriarcale juive et à tout le com­
portement juif envers Dieu et envers le
monde.
Nous croyons ne pas trahir la pensée
de nos critiques en disant que ces der­
niers estiment dangereux de faire connaî­
tre les idées antijuives, telles celles
de Ron'ncv, et de donner ainsi l'éveil à
nos ennemis, en France notamment, qui
ne cherchent qu'à renforcer leur proore
prorqgande en se référant à des auteurs
D'ailleurs, dons le s pays a u tre s crue l a
France, notamment en Grande-Bretagne
et aux Etats-Unis, la même attitude est
adoctée par certains milieux juifs. Cher­
chant à « limiter les dégâts », ils s'effor­
cent d'iqnorer aux mêmes et, surtout, de
f/Tpre ionorer aux non-ïuifs ce que pensent
de nous nos adversaires...
Or, le problème ainsi posé, nous décla­
rons franchement oue notre point de vue,
en l'occurence, diffère sensiblement de
celui aue nous vrncns d'exposer aussi objecHvement que possible.
Nous estimons, quant à nous, que non
seulement nous devons savoir tout ce que
renso-t et écrivent de nous nos adversai­
res, même les plus extrêmes d'entre eux,
mais oue nous n'avons aucun intérêt à
passer leurs écrits sous silence. Que nos
concitoyens non-Juifs, amis ou neutres à
notre éaard, prennent connaissance paT
notre entremise de certains auteurs anti­
sémites peu ou pas connus, nous n'y
vovons aucun inconvénient.
Il ne s'agit pas, bien entendu, de favo­
ri-,~ , -n^n-.mêmes une large diffusion de la
production vénéneuse de certains scri­
bouillards antijuifs, susceptible de provoauer des actes attentatoires contre notre
personne ou contre nos biens.
Cette pri'.-ti-r'-cn » littéraire » doit, cer­
tes, être étouffée dans l'œuf ou, à son
éclosion, être comhattue le plus énergi­
quement possible. Mais, dans ce cas soée'al. le combat doit être livré sur le terrain
léaal et administratif, c'est-à-dire par les
pouvoirs publics, et notre rôle, en l'occu­
rence, consisterait à attirer l'attention de
ces derniers qfin que les provocateurs
fussent châtiés et qu'ils ne songeassent
pas à récidiver • ••
Mais qu'avons-nous à craindre si, sur
le plan idéologique, nos adversaires, voire
nos ennemis, nous attaquent et nous com­
battent ?
Et, lorsqu'il s'agit, comme c'est le cas
le plus fréquent, non pas d'un antisémi­
tisme idéologique, mais d'un antijuivisme
sentimental, impondérqble sur la balance
de la raison, pourquoi an prendre om­
brage, pourquoi désespérer ?
Dans le même ordre d'idées, nous ne
partageons pas l'émotion soulevée, pa­
raît-il, dans certains milieux juifs de
France par les résultats d'un sondaae de
l'opinion publique, dont parle David Knout
dans le numéro d'avril du « Monde
Juif ».
D'après ce sondage, une imposante mi­
norité da Français n'aime pas les Juifs,
et, en guise de consolation. Knout nous dit
que nous ne sommes pas seuls à subir
la malveillance et l'aversion.
Ainsi, parmi les divers commentaires
, 1 - , â o « ^ a . j i , * , s * c n t r O U V m * u n f y i l î n » ' i = r r r a
e»r bilisés, par exemple, haïssent les adju­
dants »...
Que Ton ait besoin da nous ■■ rassu­
rer ». cela prouve que les résultats du
sondage ont jeté la trouble dans l'âme
des protagonistes de l'enquête. Et nous
nous demandons : quelle aurait été, en la
circonstance, la; réaction des « adju­
dants » ?
D'abord, l'idéa serait-elle jamais venue
aux adjudants de s'enquérir auprès des
démobilisés si, oui ou non, ils sont aimés
par eux ? Nous en doutons fort.
Et, à supposer même qu'une telle idée
leur serait venue, la réaction des adju­
dants n'aurcpt sûrement pas été la même
que celle des Juifs. Ils auraient tout sim­
plement riqolé, alors que nous...
Non, vraiment, notre sensibilité exces­
sive nous place souvent dans un état d'in­
fériorité dont nous sommes nous-mêmes
responsables.
Que nous nous affirmions franchement
dans notre qualité de Juifs, bien entendu
sqns fanfaronnade aucune, mais aussi
sans réticence et sans honte, et notre
comportement envers le monde extérieur
sera le même que celui... des adjudants,
c'fM-.t-à-dire naturel.
Et nous retrouverons la quiétude d'âme
qui nous permettra d'affronter et, au be­
soin, de repousser toutes les attaaues de
nos ennemis, sans que nous ayons à re­
douter quoi qu'ils pensent ou disent de
nous.
Q. M.
Commémoration du soulèvement du Ghetto de Varsovie
Dim anche 20 avril a eu lieu, à
la salle Pleyel, une soirée com­
m ém orative du soulèvem ent du
ghetto de V arsovie organisée par
le Com ité général juif de défense
en France, sous le haut p atro ­
nage du C.R.I.F.
L ’oratorium « Iso or » est joué
par un quatuor, avant le seul dis­
cours de la soirée prononcé par
M- G rinberg qui se félicite de la
participation de toutes les orga­
nisations juives en France, dont
les représentants se trouvent côte
à côte à la table du présidium .
T ro is héros du soulèvem ent du
19' Congrès National
de la F. s. J . F.
SALLE DE LA CHIMIE
26 bis, rue St-Dominique
PARIS va*
Métro : INVALIDES
ghetto s’y trouvent égalem ent. M.
G rinberg, dans son discours, se
refuse encore à juger la portée de
ce soulèvem ent dans l’histoire de
l’hum anité, vu la grande' im por­
tance de cét événem ent, m ais il
associe cette dernière lutte iné­
gale à la chaîne d’or dans l’his­
toire des luttes du peuple juif de­
puis les H asm onéens et les M ac­
chabées contre le M oloch éternel
qui, dans différentes époques,
prend des expressions différentes.
Ceci étant valable aussi pour l’ave­
nir où toutes tentatives d’inégalite nationale et d ’injustice sociale
seront com battues par le peuple
juif à condition que l’unité des
barricades continue à exister de­
vant 1 œuvre constructive.
Au program m e artistique qui
suivit ce discours, les chants de
déportés ainsi que ceux du
ghetto de Vilna, œ uvres de Katcherginski, Sutzki, Scholom Ash
f JUrentJ^ e.xêcutés Par les chœurs
des differentes organisations et
par des artistes bien connus.
£ e ô d e u œ ‘Z & v c e w c ô
L
ORSQU’ON parle de ter­
reur en Palestine, on ou­
blie d’habitude qu’il y rè­
gne, non une, mais deux espè­
ces de terreur, inséparables
l’une de l’autre, soudées l’une
à l’autre par le sang.
L’une de ces terreurs monte
du fond du peupjs, rejeté vers
la conspiratioiv-Elle est per­
sonnifiée par un petit groupe
d’hommes saisis de désespoir
devant l'impossibilité de me­
ner une lutte politique et de
vaincre dans la paix. C'est là
une petite partie de la popula­
tion palestinienne, et la majo­
rité la condamne pour ses
méthodes de lutte terroristes.
Mais, à côté, on trouve un
autre groupe qui, lui, se com­
pose de terroristes venant des
couches supérieures. Ceux-là
n'ont pas besoin de recourir à
la conspiration. Ils agissent
ouvertement, officiellement. Ils
disposent d'une armée, d'une
flotte puissante, de toute la
plénitude du pouvoir politique
et économique.
Cette terreu^est celle du
gouvernement britannique.
Les terroril es de Palestine
ne s'appela < •' -^seulement
T'- -(— „
à
ytaiferral .JT M T v 'ce dernier
épaule par Tpsemble du gou­
vernement ifitannique socia­
liste.
Cette terreur gouvernemen­
tale empêche la colonisation
pacifique du pays ; elle prive
des dizaines et des centaines
de milliers de Tuifs qui, dans
cette guerre, ont souffert rela­
tivement plus qu’aucun autre
peuple de la possibilité de
s'adonner enfin à un travail
constructif dans la terre pro­
mise, en pntrant de plain pied
dans l'épopée héroïque de
transformation de marais et
de déserts en champs et jar­
dins florissants.
La terreur gouvernementale,
en Palestine, ruine impitoya­
blement les cultures dues au
labeur de plusieurs généra­
tions, et arrachant aux mains
juives la charrue, elle pousse
des fanatiques isolés à se
tourner vers les bombes.
voie à la liberté et à l'évolu­
tion paisible, et en faisant des
coupables, par la cruauté de
ses procédés, des martyrs et
des héros. Lorsque le général
Trépov fit soumettre à un châ­
timent corporel le révolution­
naire Bogolioubov, une jeune
fille héroïque, Véra Zassou
litch, elle-même fille d'un gé­
néral, tira sur Trépov et le
blessa. Jugée, elle fut acquit­
tée par les jurés populaires, et
cela en Russie tsariste. Car
, p ar P a u l B K P J L I N E .
Ce sont ces terroristes d'en
haut qui suscitent la réponse
désespérée de certains élé­
ments d’en bas. Et la terreur
d'en bas ne peut être comprise
en dehors de ses liens san­
glants avec la terreur d'en
haut.
Il y eut une époque, en Rus­
sie tsariste, où, pendant des
dizaines d'années, les révolu­
tionnaires avaient recours à
la terreur. Ils tuaient les repré;
despotisme tsariste ; ils orga­
nisaient des attentats contre le
tsalr, attentats qui aboutirent
au meurtre d’Alexandre IL
Et bien ! en ce temps, le gou­
vernement de Grande-Breta­
gne et son opinion publique,
tout en condamnant résolu­
ment le terrorisme en tant que
méthode de lutte politique,
démontraient que c’est le gouvernemènt tsariste lui-même
qui le suscitait, en barrant la
les jurés, de la Russie tsariste
ont reconnu qu'elle avait pris
ainsi la défense de la dignité
humaine conspuée et que,
aussi haïssable que fût la ter­
reur en soi, exercée d'en haut,
elle appelait la /terreur d en
bas.
Craignant les représailles
de la police du tsar, cette
jeune terroriste russe, à peine
libérée, s'enfuit en Occident,
et là elle fut reçue comme une
Tnorrvïrj» Son nom est entré
dans 1 histoire du mouvement
révolutionnaire russe. Non
seulement le gouvernement
de Grande-Bretagne lui offrit
un asile, mais il ne s'opposa
pas à ce que cette terroriste,
qui avait défendu la dignité
humaine, fût fêtée et célébrée.
Et, maintesant lorsque, après
avoir fait fouetter un révolu­
tionnaire juif en Palestine, les
autorités britanniques ont trou­
vé chez un des passants apBénissons les Pas hésitants du Repentir
Reflexions de Pâque
C
EST un sujet d’adm iration et
d’étonnement pour théologues
et sociok>Su6s fiue de co nsta­
ter combien la q& ébratlon de
P âque e t restée vivace dans
l’âm e juive .
Indéniablement, Paque, plus
que toute autre fête juive, béné­
ficie de la ferveur populaire,
d’une réelle communion de tou­
te-, les classes soeia.es de notre
peuple.
L a délivrance de la cap tiv ité
égyptienne, fait historique capi­
tal, suffit-elle à l’expliquer ? Nos
ancêtres n’ont-Hs*pas connu d’au‘ (res tribulations dram atiques ?
N’ont-ils pas échappé, dans une
sui e presque ininterrom pue jusqu’\ nos jours, à d’autres dangers
m ortels ?
Cepen ant, seu e a oo-^m '-ni-rntion de cette prem ière révolte
d’une collectivité a pu trav e rser
le cours des siècles sans que soit
altérée la fidélité du sentim ent
qu’elle glorifie, sa solennelle si­
gnification.
C ’est que le h°n sens populaire,
sans attendre les doctes com m en­
ta te u rs de l’histoire, a saisi d’ins­
tin ct la prodigieuse portée de cet
événem ent, comme la m an ifesta­
tion originelle du coneept natio­
nal juif en gestation.
Il a réalisé ce qui, de nos jours,
est une évidence historique, que
ce prem ier combat pour la liber­
té, eette révolte contre les p ri­
vilèges d’une « race de sei­
gneurs » (déj* •) est à l’origine
de ce que nous devînmes par la
suife et entendons redevenir, un
peup’e indépendant, dont la vie
nationale et spirituelle est basée
sur le principe de ju tic e sociale
et de liberté humaine.
Ainsi, et co st à la gloire de
nos a eux, Ql!e
génération en
génération « Beehoi Dor Vedor »
la trnnsm iss'°n fit et que, des
ruel es sordides des ghettos, m on­
ta it I’orgueilleu e affirm ation-es­
pérance de « Bnei Chorin » (fils
par C KELMAN
de la liberté). C hem inant à tr a ­
vers la nuit d’obscurantism e gé­
néral, l’âm e juive en treten ait avec
passion, y puisant courage et es­
poir, le culte de la liberté.
M ais, pour notre peup e disper­
sé, ce câlte ne pren i sa P-eine
signification que projeté dans le
fu tu r, comme un sym bole de no­
tre volonté de libération nation a e, comme une expression de
m épris contre tout asservisse­
m ent m oral.
... „
1
-, ST -tL vrai que les dernières
générations juives, en fants de
J l’ém ancipation, ont su g ar er,
dans toute sa plénitude le sens
nos valeurs éternelles, pour comp ren Jre enfin qu ’à moins d’ab an ­
donner résolum ent son peuple, on
ne peut renoncer ni exclure au ­
cune des m anifestations du gé­
nie national, que tous ses enfants,
comme tous les fru its de son es­
prit, form ent un tout in ’ivis b e,
que la prem ière condition pour
une libération sociale effective,
dont Ils étaient les cham pions,
c’est la libération nationale qui
ne peut se faire en contrebande,
sous l’étendard d’au tres nations.
M ais gardons nous de triom ­
phes faciles. S alu re j l’effort m é­
rito ire de ceux qui, revenant sur
leurs erreurs, de bonne foi, vien­
nent à notre rencontre. Soyons
dignes de leur repentir.
Tendons donc une m ain fratern e le à ceux qui reviennent,
in stru its p ar une expérience dou­
loureuse, pour m onter avec nous
la garde autour de notre p a trim o’ne du passé et qui éclaire
notre avenir. Bénissons les pas
h ésitan ts du repentir !
wEnS|èE9r
Il fit connaissance des révolu­
tionnaires déportés sur ordre
du gouvernement. Il vit alors
que ce n'étaient point des cri­
minels, mais des hommes
cultivés et bien intentionnés,
animés d'esprit de sacrifice,
et qui, dans un pays où ne
sévirait pas la terreur gou­
vernementale, seraient deve­
nus des citoyens dont leur
patrie ne pourrait que s'ho­
norer.
Rentré de Russie, Kenan dé­
veloppa, en Europe aussi bien
qu'en Amérique, une vaste
activité littéraire et politique :
tout en rejetant la terreur en
tant que méthode de lutte,
il démontrait avec ardeur
qu'aussi condamnable que fût
la terreur, au point de vue
moral et politique, exercée
par une minorité révolution­
naire, elle se présente comme
une ombre fatale attachée au
despotisme et à la terreur
gouvernementale.
Le temps n'est pas si loin où
les Anglais prêchaient avec
zèle au gouvernement tsariste
cette vérité évidente. Le mo­
ment est vènu pour eux de
l'exercer pour leur propre
compte dans leur politique pa­
lestinienne.
Tant que sévira, en Pales­
tine, la terreur gouvernemen­
tale d'en haut, tant que les
autorités britanniques conti­
nueront à ruiner le pays et à
acculer au désespoir des fa­
natiques isolés, la majorité
juive, qui condamne les mé­
thodes de lutte terroristes, sera
impuissante à les surmonter.
Il faut que l'opinion publi­
que de la Grande-Bretagne,
qui sut être si convaincante à
l'égard du tsarisme russe, se­
coue sa torpeur politique et
qu'elle rappelle à son gouver­
nement les hautes traditions
anglaises.
Il y va aussi bien de l'inté­
rêt du petit peuple juif que du
grand peuple britannique.
L'écrasante majorité des
Juifs condamne la terreur en
tant qu'arme. Mais ils savent,
tout comme l'avaient su autre­
fois les Anglais, que la terreur
d’en haut appelle la terreur
d'en bas.
 

Quand meme .... Vol. 5 n° 4 (avril 1947) - 1/6

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