S” Arm és — N" 5-6
10 FRANCS
MAI-JUIN 1947
o ie v u je m e n s u e l l e
jd> ie je a
F JÊ T J) JÊ JR HX IO N UlEfei S O C I É T É S J U I V E S JJ» JE F H Ü N C E
LUEUR D’ESPOIR.
L
E discours de M. Gromyko, prononcé
à la dernière réunion de la session
spéciale de l'O.N.U., marque sans
conteste un tournant des plus importants
dans l'évolution du problème palestinien.
Les thèses de M. Gromyko et les solu­
tions pratiques envisagées par lui com­
me directives générales à donner à la nou­
velle Commission d'Enquête sont d’autant
plus significatives, que l'attitude du délé­
gué soviétique pendant la première phase
de la session de Lake-Sucess ne présageait
en rien ni ces thèses, ni les solutions pra­
tiques qui en découlent.
Certes, aussi bien dans ses interventions
cru début de la session que dans son dis­
cours final, le représentant de l'U.R.S.S. ne
se lassa pas de démontrer que la politique
du mandat britannique en Palestine avait
fait faillite et que ni les Juifs, ni les Arabes
n'avaient aucune confiance en la GrandeBretagne.
Visiblement, et sans que M. Gromyko
eut essayé de le dissimuler, sur la « petite »
question de la Palestine, l'U.R.S.S. resta
fidèle, du commencement et jusqu'à la fin,
à sa « grande » politique de neutralisa­
tion, sinon d'élimination, de l'Angleterre
du Proche-Orient.
Mais, au cours de la session, un chan­
gement considérable s'est produit du côté
soviétique qui,, pour nous. Juifs, fait ..poin­
dre une lueur d’espoir quant à l'issue du
conflit dramatique où se joue le sort de
notre peuple.
Déjà, au point de vue moral, le discours
de Gromyko à la dernière réunion de l’As' semblée Extraordinaire des Nations Unies,
fut un plaidoyer émouvant en faveur du
peuple Juif. Evoquant les souffrances indes­
criptibles de ce dernier pendant l'occupa­
tion et « la situation très sérieuse de cen­
taines de milliers de Juifs qui ont survécu
à la guerre », le délégué de l'U.R.S.S.
trouva des termes profondément humains
que nous ne sommes guère habitués à
entendre de la bouche d'un homme d'Etat,
surtout d'un représentant des- « Grandes
Nations ».
Mais ce qui est encore plus important,
c'est la partie pratique du discours, les
suggestions qu'il préconise pour la solu­
tion définitive du problème palestinien.
Après avoir formulé en quatre points les
solutions possibles et en avoir écarté d'em­
blée les deux extrêmes, comme non com­
patibles avec les principes de la Justice,
M. Gromyko s’arrête sur les deux solu­
tion suivantes : 1° création d'un Etat judéoarabe et 2°, division de la Palestine en deux
Etats individuels, arabe et juif.
Sans cacher ses préférences pour la pre­
mière solution, le diplomate soviétique en­
visage également la deuxième, celle-ci pou­
vant s'avérer nécessaire si les rapports enire Juifs et Arabes en Palestine rendaient
impossible la cohabitation des deux peuples
dans un même Etat.
Quoi qu'il en soit, la première formule de
la délégation de l'U.R.S.S. à Lake-Sucess est
largement dépassée et, cette fois-ci, à notre
avantage. La création immédiate d'un Etat
indépendant en Palestine, que la délégation
arabe réclama et que la délégation soviéti­
que semblait appuyer lors de la première
phase de la session spéciale de l'O.N.U.,
eût pu avoir des conséquences désastreu­
ses pour le Yichouv et pour les aspirations
des masses juives dans le monde. Un Etat
indépendant dans la situation actuelle,
c'est-à-dire alors que la population arabe
est numériquement supérieure à la popula­
tion juive, aurait fatalement livré cette der­
nière à la merci des émissaires et satelli­
tes du Grand Mufti et réduit le Yichouv à
un véritable ghetto. Et il va de soi qu'au­
cune nouvelle immigration juive en Pales­
tine n'aurait été possible et que l’espoir de
se recréer une patrie sur la terre de leurs
-jriC T - U i-w g ; - -puii nqiiin'i y m u -lies1 eemwriweter
milliers de rescapés des massacres, se se­
rait à jamais évanoui.
La nouvelle formule de la délégation de
l'U.R.S.S. met fin aux intrigues de la clique
arabe qui, à Lake-Success. s'arrogea le
rôle de porte-parole de tout le monde isla­
mique. Elle donna aussi le coup de grâce à
la politique machiavélique du Colonial Offi­
ce britannique qui joue la carte arabe sous
le prétexte fallacieux que, si l'on voulait
donner satisfaction aux juifs, les Arabes se
jetteraient dans les bras de l'U.R.S.S.
C’est donc un double succès pour la cause
juive que les manœuvres conjuguées de
nos deux adversaires se trouvent déjouées
par la plus grande puissance du monde.
Et bien que la phase décisive de la lutte
engagée reste encore incertaine; et quoique
les vicissitudes de la politique mondiale
puissent nous réserver encore des surprises
désagréables, prenons acte avec reconnais­
sance du réconfort moral et politique que
nous apporte l'U.R.S.S.
Q. M.
XIX1 CONGRÈS NATIONAL
DE LA
Fédération des Sociétés Juives de France
De gauche à droite : MM. Alperin; Jefroykin, Jarblum , Kelman, Meiss, F i s h e r
A NOS MILITANTS ET AMIS
par
Israël JEFROYKIN
LE RAPPORT MORAL PRESENTE AD CONGRES
par C. KELMAN, Secrétaire Général de la
S. J. F.
MOS PROBLÈMES
C hers A m is délégués,
F o u r la troisièm e fois depuis
la L ibération, il m’échoit l’hona e u r de rendre compte, devant
le 19* Congrès de la F édération,
de notre action, pour lui dem an­
der son approbation su r l’oeuvre
accomplie.
L orsqu’on m e pose p arfois la
question : « Qu’est-ce au ju ste
la F édération ? O rganisation so­
ciale ou in stitu tio n culturelle ? »,
Je répond invariablem ent : « Elle
e st l’une e t l’a u tre e t quelque
chose de plus ; elle est, av a n t
tout, un m ouvem ent m oral, un
é ta t d’esprit. » H su ffit de con­
su lter son rap p o rt annuel, de
voir com bien variées sont ses
a c tiv ité s e t com bien variés sont
les groupem ents qui la compo­
sent, pour déduire qu’un si vaste
fresque d ’ac tiv ités e t d’o rg an i­
sa tio n s affiliées ne peut se dé­
g a g e r qu’au to u r d’une larg e syn­
thèse spirituelle au-dessus de
to u t sectarism e, en dehors de
to u te ingérence politique d’un
p arti. C’est là l’essentiel de son
rayonnem ent, c’est là sa raison
d’être même. 11 e st nécessaire
que cela soit, à nouveau, n e tte ­
m ent affirm é.
D ans cette enceinte, sont réu ­
nis les rep rése n tan ts dém ocrati­
tem en ts à 5.601 personnes, p a n iculièrem ent aux réfu g iés' e t aux
fam illes de déportés.
D ans le DOM AINE MEDICAL,
31.648 consultations dans 6 d is­
pensaires. 8.625 colis au x m ala­
des des h ô p itau x e t sanas.
Q uant à l’A ID E CONSTRUC­
TIVE, c’est un événem ent qui
m érite d’ê tre fêté. Le Fonds de
d ém arra g e vient de d épasser le
ch iffre de 50 millions de fran cs
de créd its accordés, ainsi que le
ch iffre de 2.000 fam illes béné­
ficiaires de p rêts. B n’est pas
ex ag éré d’a ffirm e r que le Fonds
de d ém arrag e a u ra joué un rôle
im p o rtan t dans le rétab lissem en t
économique de n o tre com m u­
n au té. Son ém inent président,
M. B iasberg, fera, devant vous,
un com pte rendu plus détaillé.
D ans le DOM AINE JU R ID I­
QUE, l’aide aux spoliés a été
poursuivie. 5.957 consultations,
dont 1.134 dossiers, ont pu ê tre
solutionnées fav o rab ’em ent pour
les req u éran ts. A joutons q u ’en
o u tre de la section allem ande qui
ccn tin u e un tra v a il imm ense, la
section polonaise, de création
récente, prend un développem ent
considérable qui p e rm e ttra à
ceux qui ont des in té rê ts en P o ­
logne de trouver conseil e t ap ­
pui. De g ran d s p ro jets sont à
l’étude, su r lesquels il est encore
p rém a tu ré de s ’étendre.
Q uant à L ’A ID E A D M IN IS­
TR A TIV E AUX REFU SEES,
1.82(4 visas individuels de tra n s it
P
AR sa composition et par
son activité, la Fédéra­
tion des Sociétés Juives
de France, dont l'idée de créa­
tion a été lancée en décembre
1923 et a connu un commence­
ment de réalisation dès 1925,
s'approche lentement du but fi­
nal qui l'a appelée à la vie, à
savoir : devenir l'organisme
central, la représentation incontestéé de la population juive
immigrée.
Mais toute union et toute co­
opération exigent tout d'abord
que les parties composantes
acceptent d'accorder leur indé­
pendance et leurs intérêts par­
ticuliers avec l'intérêt général
et les aspirations communes.
on de séjour, des m illiers d’in ­
terventions effectuées en fav eu r
de réfugiés sont à p o rter à l’a c ­
tif de la Fédération. Eu outre,
de grands convois collectifs do
tra n sita ire s venant d’A llem agne,
(Suite page b)
Il dépend de celles-ci de ras­
sembler leurs efforts et de s'im­
poser une discipline générale
qui ne laissera plus aux Socié­
tés et groupements isolés la la­
titude de représenter la popula­
tion juive en France et de par­
ler en son nom.
Il serait inadmissible que des
petits groupements, qui se mul­
tiplient de jour en jour, préten­
dent parler au nom des masses
qui ne sont, pour elles, qu’une
enseigne.
Que la Fédération, telle
qu'elle se présente actuelle­
ment, soit parfaite, ce n'est pas
ce qui importe pour le moment.
Toujours est-il qu'elle expri­
me le désir d'unification de la
population juive, qu'elle sym­
bolise l'idée de communauté et,
si cela ne paraît pas suffisant,
que d'autres viennent se join­
dre à elle et contribuent à fai­
re mieux ; à une seule condi­
tion, c'est que l'idée qui a tou­
jours été à la base de la Fédé­
ration, soit nettement posée et
maintenue dans toute sa force.
La Fédération ne veut pas
s'allier avec un extrémisme,
quel qu'il soit, de droite ou de
gauche, et s'enrôler sous un
drapeau politique quelconque.
traîner les juifs dans la lutte
ds partis et les voir servir de
jouet entre les passions politi­
ques.
Voici pourquoi chaque asso­
ciation juive, quelque but
qu'elle se propose, devrait s'af­
filier à la Fédération et contri­
buer à son développement.
Voici pourquoi chaque juif, à
quelque parti qu'il appartienne,
quelque credo politique ou so­
cial qu'il professe, s'il reconnaît
la nécessité d'un tel organis­
me central qui soit en mesure
d'accomplir l’action sociale si
importante de synthétiser les
aspirations de la majorité de
la population juive et de parler
en son nom, doit devenir mem­
bre actif de la Fédération.
Elle ouvre largement ses por­
tes à tous les juifs de bonne
volonté qui reconnaissent que
les juifs de Fraqpe ont, malgré
toutes les barrières d'ordre so­
cial, politique, religieux ou au­
tre, qui les séparent, des inté­
rêts communs et solidaires, fout
particulièrement à l'époque cri­
tique que nous traversons.
Forgeons, autour de la Fédé­
ration, l'unité de notre commu­
nauté.
Le sam edi 10 mai, a eu lieu
la séance inaugurale du 19* Con­
g rès de la F édération des Socié­
tés Juives de F rance. C ette séan­
ce é ta it présidée p a r M. M arc
Jarblum .
A près avoir fa it l’historique
de la F édération et retrac é la
situ atio n actuelle du judaïsm e
européen, M. Jarblum déclara
notam m ent : « C’est au jud aïs­
me français, pour la deuxième
fois dans l’histoire, à donner une
orientation aux Ju ifs de la Diasporah. » M. Ja rb lu m term in a par
un appel à l’union.
C’est un appel à l’union que
lance aussi M. Meiss, président
du Consistoire C entral des Isra é ­
lites de F ran ce et du C.R.I.F. Il
rap p ela je fro n t commun né
dans la résistance. « Séparés,
nous ne pourrons rien, ensemble
nous pourrons beaucoup. »
Au nom du Congrès Ju if Mon­
dial, M. Cahn-Debré m it en g a r­
de contre, l’arrogance et l’a n ti­
sém itism e qui renaissent im pu­
ném ent en A llemagne. M. C.
Kelman, secrétaire général, après
avoir lu les nom breux m essages
adressés au Congrès p a r les com­
m unautés juives e t les principales
organisations étrangères, fit un
exposé de l’œ uvre de la Fédération.
Le Dr Monikowski, de l’U .J.
R. E., lança à son tour un ap p el
y * » w jô ri en r a p p j à n f «jnè ra m u
des Jp tfs am éricains! ne durera
p as toujours. M. B^utzkus, de
l’Union O.S.E., dem anda au x dé­
légués de penser su rto u t à l’en­
fance juive.
Le Dr Weill H allé dem anda
aux Ju ifs de donner au monde
l’exemple de l’unité. M. Pozm anski, au nom du F arb an d ,
proposa un program m e sur le­
quel les deux F édérations de­
vraien t s’unir. Enfin, MM. Sheftel, de l’O R.T. ; Millner, de l’O.
S. E., et H ertz, de l’A ssociation
des Intellectuels Juifs, exprim è­
ren t leurs vœ ux de succès à la
F édération.
*
LES RÉSOLUTIONS
votées
parleCongres
1° Le Congrès, après avoir en­
tendu les rap p o rts présentés par
le bureau, les approuve et ex­
prim e sa reconnaissance au C.C.
et au bureau pour le trav a il ac­
compli. ,
2° Le Congrès adresse au Con­
seil de gestion du fonds de dé­
m a rrag e et à son président, ses
félicitations e t sa reconnaissance
pour l’œ uvre magnifique accom ­
plie en vue de la restau ratio n
économique des Ju ifs ruinés par
la guerre e t l’oppression.
Considère la création d’une
B anque P opulaire Juive plus in­
dispensable que Jamais.
Compte sur le Conseil de ges­
tion du fonds de dém arrage éco­
nomique pour sa réalisation im ­
m édiate, lui adresse ses encou­
ragem ents e t l’assurance de son
soutien.
3° Le Congrès enregistre avec
satisfaction
la création, sur
l’initiativ e de la Fédération, d’un
Conseil général d’E ducation de
la jeunesse juive, groupant la to ­
ta lité des œ uvres intéressées du
judaïsm e im m igré.
Convaincu que ce Conseil con­
trib u e ra fortem ent à l’éducation
d’une génération juive consciente
de ses devoirs, le Congrès expri­
me le vœu de m ettre l’éilucation
de notre enfance sous l’an to ritê
d’un organism e qui soit l’ém ana­
tion de toutes les tendances de
la com m unauté.
4° Le Congrès salue avec fe r­
veur la création de la Commis­
sion générale de l’E nfance a u ­
près de la F édération, qui groupe
de nom breuses institutions pour
l ’Enfance, et approuve le pro.gram m e qu’elle s ’est assigné.
F a it sien son projet d’org an i­
sation des colonies de vacances
pour 3.000 enfants nécessiteux.
C Suite page b)
£e nouveau Comité Centrai
Alpérine. Biasberg. Bloch R.. Bodniev (bureau), Dr. Bravinsky; Bruîmes Bulawko H..
Baron. Bercovici R., Buzyn (bureau), Castro, Charlap (bureau), Drori (bureau), Dr. Dworzcecki,
Erdman B.. Eisenbeeg M.. Faynzylberg, Fisher J. (bureau). Fisher R„ Fridman J. (bureau).
M' Frenkel, Gelman Ch. (bureau), Gmach (bureau), Goldberg, Goldhammer, Grynvogel.
Grinbsrg R. (bureau), Grinberg, Hollender J., Hohman (bureau). Jqcoubovitch J. (bureau). Jar­
blum M. (bureau). Jefroykin J. (bureau). Rabb in Kappel (bureau), Kahan S. (bureau), Haussberg. Kœnig, Kerber (bureau), Kissler, Klein A„ Klagsbad, Kott J„ Kreisberger. Kelman C.
(bui‘2 au), Lakritz, Dr. Lapczynski. Lewin Z. (bureau), Lourie (bureau), M" Lubetzki, NeufeldLuksenburg A. (bureau). Lapon, Dr. Mandel (bureau), Mme Mendelevitch. Pougatch. Dr. Piager, Przedborski B., Dr. Reich, Rosenblat, Reisne:-, Dr. Richmond (bureau), Potasz, Rosenberg
A. (bureau). Roeemblum M. (bureau), Rottenberg (bureau). Rabbin Rubinstein, Salomon Sahar, Schulkes, Seitelbach, Schwartz, Dr. Spruch. Szneidleder, Spielman, Szejne:- (bureau), Dr.
Sztern, Strigier M.. Szwertak (bureau), Topiol M.. Victor (bureau). Voldman S., Wiess, Worcel
G.. Weber, Weinberg, Weingarten, Zupranee (bureau).
 

Quand meme .... Vol. 5 n° 5-6 (mai-juin 1947) - 1/6

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