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5’ A nnée — N 8
10 FRAHes
AOUT 1947
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R édaction — A dm inistration
Publicité
29, ru e Scrint-Laxar*
P A R I S
Tel. TRI. 54-64
D irecteur : R. G RIN BERG
I t E V U E Ï t M E I V S U E L L E
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E ÉDÉRüTïON X>1SOCIÉTÉS JTJIVKS ÜE FRÜNOE
ATTENTION !
Le Prem ier G rand Prix
d e la Nouvelle Juive
sera décerné
en
d éc em b re. . .
(Voir page 2.)
*
NOS PROBLEME
En marge de « l’Exodns
»
L a tragique épopée des 4.500 passa­
gers de L’Exodus a bouleversé le m o n d e,
et Ton p e u t dire sans exagération que la
conscience universelle f u t unanim e pour
flé tr ir le com portem ent in h u m a in de
V A ngleterre envers la « Croisade de Dé­
portés » (1).
N on m oins unanim e est Tadm iration
vouée, par tous ceux q u i sont épris de
liberté et de justice, a u x héros a n o n y­
m es de L’Exodus, qui sym bolisent, à
l’heure actuelle, la conscience du p e u ­
ple ju if, sa volonté inébranlable de re­
naissance nationale sur la terre de ses
ancêtres.
M êm e ceux, dans le m onde ju if ou
n on-juif, q u i n’ont pas embrassé tota­
lem en t la thèse sioniste et qui y appor­
te n t certaines restrictions, soit d'ordre
idéologique, soi d ’ordre pratique, n en
sont pas m oins p énétrés de la grandeur
d u dram e .q u i se joue sur les trois galè­
res q u i s’a p p e lle n t LibertynShips, et se
rangent d élibérém ent d u côté des résis­
tants ju ifs contre les agresseurs anglais.
Il existe pourtant, dans nos propres
rangs, u n p e tit groupe po litiq u e qui,
to u t en proclam ant son a tta ch em en t in ­
d éfectib le au p e u p le ju if, a u x valeurs
m orales e t culturelles juives, s’obstine
dans l ’antisionism e farouche q u 'il avait
adopté, il y a cinquante ans environ,
lors de sa création en Russie, et reste
im passible d evant l’histoire...
L e « B o u n d », p u isq u ’il fa u t le n o m ­
m er, q u i fa it partie de la IV In tern a tio ­
nale socialiste, se trouve solidaire avec
le gouvernem ent travailliste anglais
dans sa po litiq u e envers le problèm e
ju if. E t p uisque ce gouvernem ent, re­
n iant les engagem ents q u ’il avait pris
alors q u ’il était dans l’opposition, com ­
m it aussi le double parjure de violer la
déclaration B a lfo u r fa ite par u n gouver­
n em en t anglais, e t inscrite, sur la de­
m ande de ce dernier, dans le traité de
Versailles, — le « B o u n d » ne p e u t pas
faire a u trem en t que suivre ses camara­
des travaillistes e t en térin er leur p o liti­
que ju ive en Palestine.
B ie n en ten d u , nos am is boundistes se
d é fe n d e n t d ’être à La rem orque d u L a ­
bour P arty et in vo q u en t, en l’occur­
rence, leur hostilité de toujours à la so­
lu tio n sioniste d u problèm e ju if. B ien
plus, se plaçant sur u n terrain p u re m e n t
hum anitaire, ils sont prêts à s’associer à
d ’autres groupem ents, ju ifs e t non-juifs,
( 1 ) Voir l’article d’Henri Hertz.
pour protester contre le tra item en t in ­
hum a in infligé par les autorités anglai­
ses a u x passagers de L’Exodus. Ils pous­
sent m êm e leur hardiesse ju sq u à d e­
m ander au g o uvernem ent de Sa M ajesté
de laisser entrer en P alestine ces passa, gers, p u isq u e telle est la volonté de ces
derniers...
A in si que Ton voit, les « conces­
sions » faites au sionism e par ses adver­
saires irréductibles sont im portantes, et
T on conçoit fa cilem ent par quel dram e
de conscience les porte-parole boundis­
tes, héritiers (T une doctrine selon la­
quelle l’histoire ju iv e com m ence avec la
création d u « B o u n d » et se déroule
dans l’espace lim ité par l’ancien em pire
des tsars, ont d û passer po u r arriver à
dem ander l’adm ission de 4.500 J u ifs
dans leu r patrie historique...
A ussi, ne fa u t- il pas tro p violer la
conscience des purs... E t les boundistes
se r e b iffe n t lorsqu’on leur dem ande de
placer le problèm e de L’Exodus sur le
p la n p o litiq u e e t d ’exiger l’adm ission en
Palestine, n o n seu lem en t des passagers
d e ce bateau, m ais aussi de tous ceux
qui, quelle que soit l’issue de la tragique
croisade de L’Exodus, s’e ffo rc ero n t d ’y
rentrer, q u e cela plaise o u non au gouv e rn e m en t travailliste.
A en juger par la presse boundiste de
Paris, on dirait m êm e q u ’ils voudraient
m onnayer leu r « a p p u i » dans l’a ffa ire
de L’Exodus, en dem a n d a n t aux sionis­
tes d ’arrêter l’im m igration « illégale »
en Palestine, cette im m igration étant
génératrice de privations et de so u ffra n ­
ces pour les clandestins...
R endons hom m age a u x sentim ents
hum anitaires q u i a n im e n t nos am is d u
« B o u n d ». N ous n e doutons pas q u ’en
ép ro u va n t ces sentim ents, ils restent
aussi fidèles aux liens d u sang et aux
attaches héréditaires q u i les unissent à
notre peuple.
Il n ’en reste pas m oins vrai que le
« B o u n d » est sorti de l’histoire juive,
de cette histoire qui, po u r lui, a com ­
m encé tro p tard e t qui, fa ta lem en t, d e­
vait fin ir tro p tôt...
Q u’il n ’oublie jm s, to u t de m êm e, les
paroles que M ardochée adressa à E sther,
q u i hésitait à fa ire une dém arche aufyrès d ’A hasvérus : « L a délivrance et
le salut surgiront d ’autre part jxjur les
Ju ifs... » E sther s’est ressaisie. Le
« B o u n d » se ressaisira-t-il, lu i aussi ?
Q. M.
SANS EAU. S A N S AIR, S A N S S O IN S ...
CROISADE DE DEPORTES
La période de curiosité, de
mode, est passée pour l'Exodus. Oui, ce fut un coup de
mode chez iles cœurs oisifs,
chez les indifférents et il dura
ce que dure une mode. Il n'est,
d'ailleurs, pas négligeable que,
de temps en temps, les coeurs
indifférents soient secoués par
une émotion, ne fut-elle qu'une
mode.
L'émotion qu'a soulevé l'Exodus a été graiïîfè. Il en reste et
restera des traces. le pense
que certains articles et cer­
tains discours qu'elle a inspi­
rés ont fait naître quelques lar­
mes. de ces larmes qui sont
des semences.
A présent que la phase der­
nière de cette extraordinaire
aventure est commencée. 1 on
peut et il faut en embrasser'
l'ensemble, avec ses consé­
quences, en s'efforçant de
maîtriser son cœur.
Ce n'est pas commode,
quand on sait, de la bouche
même de ceux qui ont en char­
ge, pendant trois semaines d y
remédier à quel lent et gra­
duel étranglement ont recouru
les Anglais pour essayer de
faire céder les émigrants de
l'Exodus, devenus, par un eu­
phémisme du langage officiel,
repris. é! journaux bien pensants, les
« passagers » de trois libertyships.
« Passagers » ? « '■Libertyships » Prisonniers de trois
pontons à la bonne manière
classique britannique, dans les
beaux temps, des blocus napo­
léoniens. Voilà la vérité. Sans
eau, sans air, sans soins, pres­
que sans vivres.
Ramenés aux côtes de Fran­
ce, la France leur offrit l'hos­
pitalité. Ils refusèrent. L'Angle­
terre demanda à la France de
les contraindre. Elle refusa.
Mais son hospitalité alla, tout
de même, à eux. C'est elle qui
leur rendit, grâce à l'Entr'aide
Française soutenue par le
« Joint », l'eau, les vivres, les
soins. Exaspérés de cette com­
plicité tacite, les Anglais firent
tout pour en réduire le bienfait.
Laissés à l'ancre au large de
Port-de-Bouc, les « passagers »
furent au secret. Le silence re­
tomba sur eux. L'hinterland
factice que l'on nomme « eaux
territoriales » oblig'e à de con­
tinuelles précautions au nom
des conventions maritimes et
de la convenance politique. La
liberté, le droit humain, que
revendiquait et représentait la
France, peu à peu, s'altérèrent,
s'amincirent et les Anglais ne
cachèrent pas leur plaisir de
cette dérision.
Brusquement, un ordre fut
donné : accentuer la pres­
sion. Supprimer toute lecture
en hébreu et en yiddish. Per­
suader ces 4.500 « displaced
persons » que, si elles ne dé­
barquent pas en terre françai­
se, elles seront, de pluis en
plus, en terre anglaise, des dé­
tenus anglais.
attendait les bateaux camou­
flés dans les eaux palestinien­
nes et les Y bloquait. Après
quoi, c'était, à proximité, la
déportation à Chypre. Avec
l'Exodus, elle a institué le blo­
cus à distance, lequel ne pou­
vait prendre que la forme d'une
attaque en haute mer. Et, au
lieu de la déportation, localisée
elle aussi, elle a institué le ra­
patriement au pays de départ,
envenimant par là son conflit.
avec les Juifs, risquant d'en
créer et, en fait, en créant un,
P a ia Henri H ER TZ
Alors, grève de la faim.
Alors, appel au pouvememeni
français, appel aux Nations
'Unies, afin qu'on en finisse
avec le jeu mensonger de cette
« prévention » britannique sous
séquestre français.
On en a fini, en effet. Les
Anglais ont adressé une der­
nière sommation à laquelle a
..répondu le même refus. Et,
dans la soirée du 22 août, les
trois pontons ont repris la mer,
vers Gibraltar, terre anglaise,
et vers Hambourg, terre an­
glaise.
Qu'arrivera^t-il ? Comment
se fera la débarquement « for­
cé » ? Où les conduira-t-on ?
Quelles seront leurs conditions
de séjour en Allemagne an­
glaise, double représaille, celle
des souvenirs, celle de la sou­
mission ?
Ainsi se refermera, sur eux,
la boucle de leur étonnant pé­
riple, objet d'admiration du
monde, passionnant objet
d'une émotion universelle fu­
gitive.
Sera-ce sans lendemain,
sans suite ? Telle est la seule
question à se poser, désormais,
la seule qui compte.
f

Quatre positions se trouvent
modifiées par l'aventure de
l'Exodus et ses péripéties im­
prévues : celle de 1 Angleterre,
celle de la Palestine, celle de
l'O.N.U., celle du monde juif
et de ses différents mouve­
ments autour du sionisme.
L'Angleterre, jusqu'ici, dans
sa lutte contre l'émigration
clandestine en Palestine, s était
bornée à un blocus local. Elle
latent, avec les pays de tran­
sit, trop complaisants envers
les émigrants, pas assez en­
vers elle.
Une pareille position est ha­
sardeuse, surtout, lorsque, com­
me c'est le cas, elle est acqui­
se dans la violence et la
cruauté. Pauvre Angleterre,
comme paraissent loin les
grands jours de son prestige,
lorsque, seule, toute seule, à
côté de la France écrasée, et
avant de nouer avec elle une
nouvelle alliance clandestine,
elle soutint la pesée allemande
et la brisa ! Où en est-elle de
son respect humain ? Où en
est-elle de son légendaire sangfroid politique ? l'immense ré­
probation que suscite sa tacti­
que d'aujourd'hui, le mal mo­
ral qu'elle se fait à elle-même
ne l'avertissent-ils pas ? Elle
en est venue à engendrer chez
elle et y admettre la moisissure
de l'antisémitisme, symptôme
et excuse des mauvaises con­
sciences, en tous pays.
Il est singulier, n'est-ce pas,
et beaucoup essaient d'en ti­
rer matière à ridiçule, mais
c’est un fait, qu'en face de ce
grand Empire déconcerté et
perdant sa maîtrise, la Pales­
tine, la toute petite Palestine
juive, prend une importance et
un accent que lui confèrent
d'eux-mêmes, tant de vaines
forces étalées, tant d'abus de
pouvoir et d'excès de brutalité.
Elle a été sans reproche : maigré le Livre Blanc, reniement
de la Déclaration Balfour et
de la protection du Mandat,
elle a été fidèle à l'Angleterre
lui offrant ses hommes, ses
ressources, son travail pour la
guerre. Elle a été sans peur, du
L a c o m m i s s i o n d ’e n q u ê t e d e s
N a t i o n s U n ie s s u r la P a l e s t i n e a
t e r m i n é s e s t r a v a u x . S o n r a p p o r t ,
r é d i g é à la m a j o r i t é d e s m e m b r e s ,
p r o p o s e
le s r é a l i s a t i o n s
s u i v a n ­
t e s :
Le pays serait divisé en trois
secteurs juifs et trois secteurs
arabes en dehors du territoire de
Jérusalem.
L’Etat arabe comprend la Gali­
lée occidentale, les collines de
Samaria et de Judée ainsi que ia
plaine côtière d’Isdud à la fron­
tière d’Egypte.
L’Etat juif comprend la Galilée
orientale, la plaine d’Esdraélon,
la plus grande partie de la plaine
côtière et le district de Beershéba tout entier, y compris le
Negev.
Les trois secteurs de l’Etat
arabe et ceux de l’Etat juif sont
reliés en deux points d’intersec­
tion, dont l’un est situé au sudest •d’Affula, dans le sous-district
de Gaza.
La partie arabe de la Galilée
est bordée, à l’ouest, par la mer
Méditerranée et, au nord, par la
frontière libanaise de Ras-an-Naqura à Qadas ; à l’est, la fron­
tière part de Qadas, passe au sudouest de Safad vers l’angle sudouest du sous-district de Tibérias
La Commission d Enquête en Palestine propose :
jusqu’à un point situé à l’est du
mont Thabor ; elle va ensuite
vers le sud jusqu’au point au sudest d’Affala mentionné plus haut.
La frontière sud-ouest de la Ga­
lilée occidentale suit une ligne qui
part de ce même point, passe au
sud de Nazareth et de Sharf-Amr
et au nord de Beit-Lalim et arri­
ve à la côte juste au sud de SaintJean-d’Acre.
La frontière du pays monta­
gneux de Samaria et de Judée
part du Jourdain en un point si­
tué au sud-est de Beisan. Elle
suit la / limite nord du district de
Samaria vers l’ouest jusqu’au
point au sud-est d’Affula ; de là,
elle passe à l’ouest de Lajjun et
va vers le sud-ouest, en passant à
l’ouest de Tilkram et à l’est de
Qalqilia jusqu’au point situé à
l’est (je Majdal-Yaba ; elle conti­
nue ensuite vers l’ouest vers Rishom-le-Zion, de façon à compren­
dre Lydda et Ramleh dans l’Etat
arabe ; elle retourne vers l’est
jusqu’à un point situé à l’ouest de
Latrun, puis suit le côté méridio­
nal de la route de Latrun-Majdal
jusqu’au second point d’intersec­
tion, puis va, vers le sud-est, jus­
qu’à un point sur la limite du
sous-district de Hébron, au sud
de Queiba ; elle suit ensuite la
limite sud du district jusqu’à la
mer Morte.
Le secteur arabe de la plaine
côtière va d’un point situé à
quelques miles au sud d’Isdud
jusqu’à la frontière d’Egypte.
Cette bande est large d’environ
8 kilomètres.
Le secteur nord-est de l’Etat
juif est bordé par le Liban au
nord et à l’ouest, la Syrie et la
Transjordanie à l’est. Il com­
prend tout le bassin de Huleh, le
lac de Tibériade, le sous-district
de Beisan en entier. De Beisan,
l’Etat juif s’étend au nord-ouest
en suivant les frontières indiquées
pour l’Etat arabe.
Le secteur juif de la plaine cô­
tière s’étend d’un point situé au
sud de Saint-Jean-d’Acre jusqu’au
nord d’Isdud. Il comprend Haïfa,
Tel-Aviv et Jaffa. Pour la fron­
tière orientale, voir la descrip­
tion de l’Etat arabe.
Le secteur de Beersheba com­
prend tout le sous-district de
Beersheba avec le Negev, et la
partie orientale du sous-district
de Gaza au sud du point d’inter­
section. La frontière nord de ce
secteur va du point d’intersection
vers l’est jusqu à un point situé
sur la limite du sous-district de
Hébron au sud de Qeiba, puis
elle suit la limite méridionale du
sous-district de Hébron jusqu’à la
mer Morte.
Enfin, la ville libre et démilita­
risée de Jérusalem, comprenant
outre la ville de Jérusalem les
villes de Bethléem, Abudir, EinKarim et Shufat. Cette ville libre
sera administrée par un conseil
de Trusteeship de onze membres,
sous la direction d’un gouverneur
de Jérusalem, Qui sera nommé
par le conseil de Trusteeship, et
qui ne sera ni juif ni arabe.
Les Lieux Saints dans la ville
libre de Jérusalem seront proté­
gés par une police spéciale, dont
les membres ne -seront ni arabes
ni juifs et seront recrutes au de­
hors de la Palestine. La ville li­
bre sera déclarée neutre et toute
son administration sera placée
sous la surveillance des Nations
Unies. Aucune opération militaire
y sera autorisée.
UNE DECLARATION DE
M me GOLDIE MEIRSON
JERUSALEM (ATJ). — Mme
Goldie Meirson, chef du Départe­
ment politique de l’Agence Juive
en Palestine, a fait une longue
déclaration à la presse au sujet
. du rapport et des recommanda­
tions de l’UNSCOP. En voici les
principaux points :
Tout d’abord, Mme Meirson dé­
plora le fait que Jérusalem soit
placé en dehors de l’Etat juif,
soulignant que le caractère sa­
cré des Lieux Saints pourrait
aussi bien être conservé éventuel­
lement dans une Jérusalem juive.
Elle regretta d’autre part que
la Galilée occidentale soit laissée
aux Arabes. C’est une région ac­
cidentée dont les Juifs ont besoin
et dont les Arabes ne font aucun
usage.
Elle repoussa le postulat de
l’UNSCOP d’après lequel la solu­
tion du problème palestinien ne
représenterait pas la solution to­
tale du problème juif.
Ne connaissant pas l’attitude
britannique devant le projet, Mme
Meirson suggère l’évacuation pure
et simple de la Palestine par les
Britanniques. Elle souligna la né­
cessité d’une période de transition
courte, craignant les dangers d’une
période transitoire d’une durée in­
déterminée.
Après avoir déploré l’attitude
fédéraliste du délégué yougoslave,
elle souligna que deux Commis­
sions internationales ayant, en
deux ans, recommandé l’admission
de nombreux Juifs en Palestine,
le Cabinet britannique devrait
abandonner sa décision d’envoyer
les réfugiés de l’Exodus en Alle­
magne et pourrait même trans­
férer immédiatement -en Palesti­
ne lès Juifs de Chypre.
jour où l'Angleterre a renversé
sa politique palestinienne, a
maintenu le Livre Blanc et l'a
renforcé par la répression.'
Comme si, de ces troubles, ac­
compagnant sa germination
politique, annonçant le retour
du peuple juif à une existence
nationale, rejaillissait, exaltée,
la vigueur spirituelle en la­
quelle, dépossédé de toute
puissance temporelle, il s'est
renfermé pendant des siècles
tout ce qui vient de Palestine
comme tout ce qui va à elle,
est marqué maintenant des
plus hauts caractères de la foi,
de la paix et de l'assurance.
Les voyageurs réguliers qui
nous arrivent, les lettres qui
nous arrivent sont dans une
confiance inflexible, due au
sentiment de la possession mo­
rale fondée sur l'équilibre, ac­
compli comme nulle part, des
devoirs et des droits. Il en ré­
sulte le bonheur, en dépit des
(barrières, des contrôles, des
couvre-feu, des réquisitions et
des perquisitions, dep pertes
en vies, des pertes en biens. La
Palestine est un maquis ; mais
au'm ilieu de ses armes, fleu­
rit et s'épanche, arme suprê­
me, la spiritualité d'une con­
science collective toute fraî­
che, toute rajeunie. Et parallè­
lement, possèdent la "m ê m e '
certitude, le même bonheur
ceux qui, d'Europe, de l'Euro­
pe souillée et répudiée, se
« rapatrient » en Palestine.
Leur dévouement est absolu :
leur volonté est indomptable.
Voilà ce que signifient, à un
degré massif, d'une voix qui
retentit contre l'Europe même,
à son seuil, et par delà les
mers, sous un système d'as­
treinte nouveau inauguré par
l'Angleterre, les anciens émi­
grants de l'Exodus, promus, sur
leurs trois pontons, à une mis­
sion plus étendue et plus im­
périeuse.
_
Le mot empire a deux sens.
A la merci de l'Empire britan­
nique et osant le brimer, les
gens de l'Exodus représentent
l'empire qu'exerce la Palestine.
Et ils s'y enhardissent par les
échos qu'ils entendent de tou­
tes parts, répercuter leur dé­
fense. Appartenant à des na­
tions différentes, ayant été
beaucoup mêlés à leurs com­
bats, ils constituent, à l'heure
où la Palestine va comparaî­
tre, en demanderesse, devant
l'Assemblée des Nations Unies,
prise comme arbitre, les té­
moins des droits du peuple
juif, ses soldats, ses citoyens.
Nulle partie vivante, nulle
partie civile de ce peuple ne
saurait être plus éloquente, en
ses gages et ses promesses.
L'O.N.U., en septembre, manifestera-t-elle qu'a cote des
arguments nombreux que nos
émissaires ont recueillis, elle
est sensible à ce que révèlent
d'urgence dramatique, le dé­
sarroi, les maladresses politi­
ques, l'effervescence et les
heurts internationaux que cau­
se une affaire comme celle de
l'Exodus et qu'en causeraient
de semblables, à l'improviste,
dans les mois qui viennent ?
Aucune indication précise n'est
encore fournie à cet égard. Il
en est même qui semblent dé­
favorables. Il est difficile, pour­
tant, d'imaginer que l'héritière
universelle de la Société des
Nations, exécutrice testamen­
taire de l'intention des Man­
dats, n'aperçoive pas le péril
de la contagion d'injustice qui,
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Quand meme .... Vol. 5 n° 8 (août 1947) - 1/4

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