5' Année. — N” 7
10 FKANcs
Rédaction — Administration
Publicité
29. rue Saint-Lazare
P A R IS
Tel. TRI. 54-64
D irecteu r: R. G RIN BERG
BEVÜ® MEN§üE1LLE ID E ' LU
J F J Ê O ÉHÜT ] L < H > 1 ^ I>1 E S §OCIÉTɧ JUIVES J O E FRANCE
JUILLET 1947
ATTENTION !
/
Le Premier Grand Prix
de la Nouvelle Juive
sera décerné en
décembre...
(Voir page 2.)
*
NOS PROBLEME
MOTIVE C H O IX
S
OUS un ciel politique chargé de
nuages, les peuples à peine libérés
du cauchemar de la dernière guerre
s'interrogent de nouveau avec angoisse
sur le sort de notre génération.
Qu'une nouvelle « épreuve de forces »
** VÜ^se prépare entre les grandes puissances,
cela ne fait plus de doute pour personne ;
et le seul point sur lequel optimistes et pes­
simistes ne sont pas d'accord, c'est celui
de la date de cette épreuve.
Ainsi donc, le Monde est de nouveau
plongé dans un climat qui rappelle à s'y
méprendre .celui qui, en 1938, fut créé par
l'évolution de la politique européenne qui
devait aboutir à Munich... Avec cette dif­
férence cependant,. que les espoirs que les
gens crédules pouvaient avoir en le Mu­
nich de 1938, ne seraient plus permis dans
l'état actuel de la politique mondiale où
la formation de blocs opposés autour des
deux plus grandes puissances du Monde
accélérerait en vitesse et augmenterait en
force l'explosion imminente..Que les dirigeants des peuples affron­
tent les dangers d'une nouvelle, et com­
bien plus redoutable collision qui risque
d'anéantir une bonne partie de l'humani­
té, rien ne nous autorise à supposer à
priori qu'ils le fassent de gaîté de cœur.
Quant aux peuples eux-mêmes, encore
meurtris de la dernière saignée, il e s t c e r ­
tain qu'ils envisagent l'éventualité d'une
troisième guerre mondiale avec une pro­
fonde horreur.
A plus forte raison, sommes-nous, en
tant que Juifs, horrifiés à la pensée d'une
répétition sur une grande échelle de la
dernière tragédie sanglante au cours de
laquelle notre peuple fut amputé d'un
tiers et la majeure partie de ses survivants
en Europe plongée dans une détresse mo­
rale, physique et materielle sans pareille.
Que l'on se souvienne que déjà la pre­
mière guerre mondiale, conduite par les
adversaires de 1 Allemagne impériale sous
le signe de la démocratie et où cette der­
nière fut victorieuse, se solda pour nous
par un chiffre considérable d® tués et d'es­
tropiés sur tous les champs de bataille.
Que l'on songe aussi à la vague de po­
groms et de massacres qui suivit la guer­
re et qui, dans certains pays de l'ancien
Empire des Tsars, opéra une nouvelle sai­
gnée de notre peuple. N'oublions pas non
plus la recrudescence de Tcmtisemitisme a
l'issue de l'autre guerre qui, dans maints
pays de l'Europe, aboutit à la ruine éco­
nomique de la population juive de ces
pays.
Quant à la dernière guerre, nous savons
et tout le'monde sait ce que nous y avons
« gagné »...
Certes, la déception quant aux résultats
de la lutte victorieuse contre le monstre
nazi n'est pas exclusive aux Juifs * tous
les peuples qui menaient le combat contre
Hitler et ses satellites attendaient autre
chose de la victoire des Alliés sur l'ennemi
de l'humanité. Le seul fait que les nations
victorieuses, unies dans la guerre, se trou­
vent profondément divisées dans la paix
à tel point qu'elles se contestent mutuelle­
ment même le droit d'invoquer les princi­
pes fondamentaux que, d'un commun
accord, elles avaient mis à la base de leur
lutte contre l'ennemi, — prouve suffisam­
ment le profond désarroi et l'amère dé­
ception du monde d'après-guerre.
Mais nous ?.- Ne sommes-nous pas fon­
dés à croire que pour nous la guerre con­
tinue toujours ? Le cortège de misères et de
brimades spéciales que nous avons con­
nu sous l'occupation, n'est-il pas toujours
l'apanage d'un bon nombre des nôtres qui,
sous le bel euphémisme de « personnes
déplacées », mènen,t une vie d'énfer dans
les camps en Allemagne et en Autriche ?
Et un peu partout ailleurs ?..
Des rescapés de massacres et des sur­
vivants de camps d'extermination échouent
derrière les barbelés à Ohypre pour y mé­
diter sur les vains espoirs qu'ils avaient
nourris de se refaire une vie d'h'ommes '
libres dans le pays de leurs ancêtres. En
Palestine même, les bâtisseurs pacifiques
de la patrie juive subissent de pires sévic e s ç le 1er F>crrf H© c o i w , J»
mctrvHat in te r n a t io n a l ; le u r d o i v e n t a i d e e t
protection.
Maintes communautés juives en Europe
vivent dans un état d'angoisse perpétuel­
le, hantés par les spectres lugubres du
passé récent et cherchant en vain un
havre de paix, un foyer de sécurité pour
leurs personnes et leurs biens.
Ce petit tour d'horizon suffit amplement
pour nous rendre compté des » bienfaits »
que la dernière guerre apporta aux Juifs.
Réduits au rôle de simple pion sur
l'échiquier mondial et très souvent à celui
de bouc émissaire, nous subissons l'histoi­
re telle que nous l'imposent ses artisans.
Et lorsqu'il convient à ce s derniers de nous
accabler de charges monstrueuses et, se­
lon les besoins de la cause, souvent diamé­
tralement opposées, nous en subissons les
conséquences les plus néfastes et payons
toujours une lourde rançonCependant, à l'heure où l'horizon inter­
national s'assombrit à nouveau et où l'é­
ventualité d'une nouvelle guerre est à en­
visager, nous devons, nous Juifs, nous ran­
ger délibérément du côté de ceux qui cher­
chent à maintenir la paix et la concorde
entre lès peuples. Tout compte fait, - —
l'enseignement des deux guerres mondia­
les nous le prouve, — -le judaïsme même,
s'il n'a pas grand'ahose à gagner de lq
paix, risque de tout perdre en cas de
guerre.
Q. M.
ELERINAGE DE LA GHRIBA
I
Parmi des Ju ifs d ’ exception, dans un paysage
de Palestine et dans une ambiance à la fois de
mysticisme et de hermesse, une cérémonie religieuse
unique au monde
-------- par
V A G N E R -------- «
L y a les Ju ifs de D jerb a et
ceux d'ailleurs.
L a différence entre les p re ­
m ie rs e t les seconds est si consi­
d érab le que M. le grand-rabbin
de Genève, de passage ces d ern iè­
re s an n ées dans l’île de D jerba, a
pu d é c la re r qu’il n ’avait ja m a is
re n c o n tré de tels types, de telles
coutum es ni une telle foi. D en
e s t de m êm e pour les Isra é lite s
de to u te l’A frique du Nord qui
so n t eux-m êm es surpris, a u m ê­
m e ti tr e que le prem ier é tra n g e r
d é b a rq u é , de la physionomie, du
v ê te m e n t, des m œ urs su rto u t de
le u rs corelig io n n aires de D jerb a
d o n t c e rta in e s pratiques an ces­
tr a le s le u r p araissen t inconceva­
b les.
P o u r les avoir rencontrés b iën
d es fo is depuis l’époque lo in tain e
d é jà d e la lévite noire ju s q u ’à
celle p lu s récen te jlu veston de
b o n n e coupe, à C asablanca, à A l­
g e r, a u C a ire ou - fle u rs , j ’a v a is
c ru connu îtr e x ^ f è Xi
j® nc
te n t q u ’on s ’attach e quelque peu
à le u rs pas.
Il e x is te d’ailleursi ici d e u x t y ­
p es de J u ifs : ceu)r qui tie n n e n t
le h a u t du pavé, si je p u is m ’e x ­
p rim e r ain si pour d é sig n e r ces
ru e s em pierrées e t ces p is te s de
sab le, en costume européen, à
l ’œ il délié, aux ag u e ts de to u te s
a ff a ire s possibles, et ceux qui,
sous leu rs h ard es m illé n a ire s,
c o n se rv e n t leur dem i-m isère de
g a g n e -p e tit et dans leu r r e g a r d
c e tte so rte de te rre u r in e x p lic a ­
b le e t fa ta lis te qui est le tr is t*
s c e a u des fils d’Israël. Si p a rm i
les p re m ie rs c ertain s b ra s s e n t des
a ffa ire s e t des com bines p a r m il­
lions, les seconds, c e p e n d a n t,
so n t de beaucoup les p lu s a t t a ­
c h a n ts , e t Je n e connais g u è re
p a rm i eux que de brav es gens.
Q uel q u ’il soit en to u t cas, m ê ­
m e a v ee s a longue b arbe, ses v ê ­
te m e n ts bariolés, rap iécés, le
J u if a c tu e l de D jerb a n e p o rte
plus, ou presque plus, c e tte f a ­
m eu se c a lo tte noire que l’a v a it j a ­
d is o b lig é à adopter, ra c o n te -t-o n ,
un c a ïd désireux de re n d re s e r ­
vice m o y en n an t m onnaie à un
c e rta in p ira te qui a v a it c a p tu r é
to u te une cargaison de ces s in is ­
tr e s eoiffes. SI la légende y p erd
un peu en pittoresque, le tu r b a n
leu r sied beaucoup m ieux.
H ollyw ood n’a rien vu, e t le ci­
n é a s te q u i n ’a pas re n c o n tré , a u
m a tin , a u tr o t de le u rs p e tits
â n e s q u ’ils chevauchent c u rie u se ­
m e n t s u r la croupe en a g it a n t
p e rp étu ellem en t des Jam b es to u ­
L a cuisine au c a ra vm séra il. — P h o to J.-O . B o sso u tro t
jo u rs en m a l d’ex p éd ie r des b a ­
bouches m a in te n u e s p a r m iracle
to u t a u b o u t de le u rs pieds, ou
b ien à la p éd alé e le n te e t sa c c a ­
dée de le u rs cycles fe r ra illa n ts , a
encore to u t à a p p re n d re de la f i­
g u ra tio n réelle. C’e s t là, cepen­
d a n t, en te m p s n o rm al, q u ’il con­
v ie n t de les sa is ir su r le vif,
q u an d ils se re n d e n t, p a r groupes,
de le u rs h a b ita tio n s des deux h a ­
r a s v o isin es à le u rs éehopes de
M oum t-S ouk où ils d é tie n n e n t de
m ém o ire d ’hom m e le m onopole de
to u s les p e tits m é tie rs de la vie
co u ra n te .
Ils o n t d é b a rq u é su r ces riv e s
il y a un peu plus de 2.000 ans,
lo rs de le u r tr is te exode, après_ la
c h u te de l’o rg u eilleu se B abylone,
a p p o rta n t av ec eux p o u r to u te
fo rtu n e quelques p ie rre s du te m ­
ple e t quelques ro u leau x d é jà
vieux de p a rch em in s sa c ré s, p réLes Assises
du Judaïsme français
L e 19 ju in a eu lieu, a u C onsisoire C e n tra l, u n e ré c e p tio n à
occasion de l’o u v e rtu re d es a ssiies du Ju d a ïsm e fra n ç a is.
A u nom d u C o n sisto ire, M.
reorges W o rm ser s o u h a ita la
ilenvenne à to u s les d élég u é s, e t
iré se n ta n t la B elgique, à M. D olati, re p r é s e n ta n t l’Ita lie , à M m e
t M. N o rd m an , r e p r é s e n ta n t la
luisse. a in si q u ’a u x d élég u é s de
o u te s les œ u v res.
M. L éon M eiss, p ré s id e n t du
Consistoire, o u v rit a lo rs so len n elem en t les a ss ise s d u Ju d a ïsm e
français. Il s a lu a à son to u r le s
lélégués.
liés n e so n t p a s se u le m e n t d ’o rIre re lig ie u x e t c u ltu re l, d it-il,
n a is é g a le m e n t d ’o rd re so c ia l e t
éducatif. »
Il p ro te s ta c o n tre la d é te n tio n ,
leux a n s a p rè s la L ib é ra tio n , de
n illie rs de J u ifs d a n s d es ca m p s
de
c o n c e n tra tio n ,
e t
d é c la ra
q u ’ils d o iv e n t ê tr e lib re s d e ch o i­
sir l’e n d ro it où ils v e u le n t a lle r.
« S ’ils v e u le n t a lle r en P a le s ­
tin e n ous devons les a id e r à y a l­
ler. N ous n e pouvons p a s nous d é ­
s in té re s s e r du sol de nos a n c ê ­
tre s . C’e s t v e rs la P a le s tin e que
n ous to u rn o n s nos re g a r d s , e t
n ous fo rm u lo n s l’e sp o ir q u ’elle
nous a id e r a à c o n tin u e r l’idéal
q u e nous o n t tr a n s m is nos a n c ê ­
tre s . P a r s u ite des c irc o n sta n c e s,
le ju d a ïsm e f r a n ç a is a p ris une
p la c e p ré p o n d é ra n te , e t n ous v o u ­
lons q u e les a s s ise s so ie n t une
m a n ife s ta tio n d e l’ensenuble du
ju d a ïsm e fra n ç a is. Il f a u t q u e ce
ju d a ïsm e , p o u r lequel n ous av o n s
t a n t so u ffe rt e t p o u r lequel ta n t
de nos frè re s so n t m o rts, co n tin u e
à v iv re, e t p o u r a tte in d r e ce b u t,
n ous ne n é g lig e ro n s a u cu n e ffo rt
ni au c u n sac rific e . N ous voulons
f^ ire aim er, re s p e c te r e t c o n n a î­
tr e le ju d a ïsm e . »
P r ir e n t e n su ite la p a ro le MM.
W alk , D o n a ti e t N o rd m an .
cieux d é p o sita ire s de la L oi de
Moïse. L es a n c ê tre s o n t d isp a ru
m a is les p a rch em in s, ces v é n é ra ­
bles th o ra s, so n t dem eurés. Les
d esc e n d a n ts de ees p re m ie rs ém i- •
g ré s se so n t dep u is si fo rte m e n t
a tta c h é s à c e tte p e tite te r re de
refu g e q u ’ils o n t fini b ie n tô t p a r
la co n sid érer com m e leu r, a u
p o in t de n e p lu s ja m a is d é sire r
la q u itte r. Ils y v iv e n t d éso rm ais
d a n s les plu s ex cellen ts te rm e s
avec to u te l a p o p u latio n m u su l­
m ane.
. .
A D je rb a , en effet, les cloisons
ne so n t p a s étan c h es, e t m u su l­
m a n s e t is ra é lite s se co m p lèten t
à ce p o in t q u ’ils ne s a u r a ie n t se
p a s s e r les u n s des a u tre s . D es
a m itié s c o n tra c té e s de longue
d a te e n tr e fam ille s an cie n n es des
d eux ra c e s, d e solides a m itié s
co m m erciales au ssi, b a sé e s s u r­
to u t su r un s t r ic t re s p e c t de la
p aro le donnée e t to u jo u rs te n u e
de p a r t e t d’a u tr e sa n s m êm e
q u ’il so it besoin d ’a c te ni de s i­
g n a tu r e (on c ite ici le cas de
co m m e rç a n ts qui se so n t ru in é s
p o u r h o n o rer leu r p a ro le ), o n t
p u is sa m m e n t a id é à o u b lier to u te
ran cu n e, à a p a is e r la vieille h a i­
ne, si b ien q u ’une douce h a rm o ­
n ie q ue v ie n n e n t à pein e ro m p re
quelques m en u s in c id e n ts sa n s
len d em ain rè g n e en ces lieux.
M a lg ré cela, m a lg ré c e tte a s s i­
m ila tio n p resq u e to ta le , pourquoi
f a u t-il q ue le J u if de D je rb a p o r­
te , com m e to u s ses frè re s, des t r a ­
ces p h y siq u es e t m o ra le s p ro fo n ­
des de la m alé d ic tio n des E c ritu ­
re s ?
L A & H R IB A
P
L e s vieu x rabbins de la O hriba étudient le T a lm u d . P h o to J.-O . B ossoutrot
A R M I d ’a u tr e s — il f a u d r a it
un volum e p o u r ce folklore
— une jo lie lég en d e s ’e st
tra n s m is e su r l ’o rig in e de la G hri- ^
b a : u ne je u n e e t belle nom ade
inconnue de to u s a r r iv a n t ja d is
un so ir a v ec s a tr ib u d a n s le v il­
la g e des ém ig rés, y a u r a it cons­
tr u it une g u ito u n e so lita ire . L a
g u ito u n e b rû la dès le len d em ain
e t la belle é tra n g è re tro u v a la
m o rt, m a is p a r m iracle, on dé­
c o u v rit son co rp s in ta c t sous les
décom bres. C’e s t en souvenir de
ce p ro d ig e q u ’a u r a it é té b â ti le
p re m ie r s a n c tu a ire .
Qui é ta it c e tte fem m e ? e t de
quelle r a c e ? L a q u estio n ne fu t
ja m a is résolue e t c’e st ce qui p e r­
m e t au x A ra b e s de p en ser q ue
l’é tra n g è re é ta it p e u t-ê tre de
chez eux, e t de v en ir se m êler de­
p u is to u jo u rs à la fouie des pè­
lerins.
C ep en d an t, pour si a ttr a y a n t e
q u ’elle so it, les ra b b in s so n t u n a ­
nim es à in firm er c e tte légende et
ils ex p liq u en t a in si p lu s sim p le­
m ent, plus fidèlem ent sa n s doute,
les o rig in e s de la G h rib a :
V enus to u t d ro it de T e rre S a in ­
te a p rè s la d e stru c tio n du second
tem ple, les J u ifs c o n stru is ire n t
un s a n c tu a ir e su r re m p la c e m e n t
a ctu e l de la sy n a g o g u e au to u r
duquel ils se g ro u p è re n t en un
v illag e. L a présen ce d ’ea u doue*
re n d a it l’e n d ro it p ro p ice à la cul­
tu re , e t la colonie p ro sp érait...
ju sq u ’a u jo u r où, ja lo u x de la f e r ­
tilité de le u rs te rra in s , les A ra ­
bes en c h a ss è re n t les J u ifs qui
d u re n t alo rs se ré fu g ie r à quinze
l a m i n e s i a io c « * v o --------on p e u t lire les nom s g ra v é s su r
des p laq u es de m a rb re scellées
s u r les colonnes e t s u r les m u rs
du S a in t des S a in ts, les fam ille s
P a rle n t! e t Cohen n o tam m en t, 1*
te m p le p rim itif d e m eu ra m a lg ré
to u t, f u t r e s ta u ré à d iv erses épo­
ques e t s ’a g ra n d it peu à peu.
A u jo u rd ’hui, u n e v a s te cons­
tru c tio n re c ta n g u la ire d’a rc h i­
te c tu re lo cale m oderne sa n s a u ­
cun in té rê t e x té rie u r lu i a été
ad jo in te .
L ’in té rie u r e st com posé d ’un*
g ra n d e salle com m une de p riè re
a u x h a u te s colonnades élég a n tes,
la rg e m e n t é c la iré e p a r de n o m ­
b reu ses o u v e rtu re s a u x v itre s de
couleurs e t b rilla m m e n t illu m i­
n é e de n u it p e n d a n t les fê te s à
l’a id e d ’un g ro u p e électrogèn*
p a rtic u lie r. De v ieux ra b b in s sa n s
resso u rces, a u x v is a g e s bibliques,
s ’y tie n n e n t to u te l’an n é e en p riè ­
re s e t en étu d es du T alm ud. B s
so n t u n e q u a ra n ta in e a c tu e lle ­
m en t, e t c’e s t pour eux q u ’on r e ­
cueille p ré cisém en t des dons au
co u rs du p è le rin ag e. L e u r nom ­
b re e s t d’a ille u rs essen tiellem en t
v a ria b le : il su ffit q u ’un v ie illa rd
is ra é lite in d ig e n t se p ré s e n te e t
q u ’il s a c h e lire d a n s les T ex tes
p o u r ê tr e a d m is av ec les siens
d an s la g ra n d e fam ille.
. U ne seconde salle, plus exiguë,
tie n t à la- s a lle com m une : le
S a in t des S a in ts, à l’im a g e du
tem p le de Jé ru sa le m . T oute p e r­
sonne doit, pour y e n tre r, se d é­
ch a u sse r. On y éprouve ' '’ès le
seuil une fo r te ém otion relig ieu se
en m êm e tem p s q u ’une im pression
de m v s tè re indéfinissable. Au
fond du S a in t des S a in ts, d an s
une pén o m b re bien propice a u r e ­
cu eillem en t que tro u e à peine ç a
e t là la lu eu r v a c illa n te d ’une
veilleuse, p a rm i des ex-voto d’a r ­
g e n t e t d’o r d ’un g ra n d p rix e t
de rich es soieries, une sé rie d’a l­
côves creusées à m êm e la m a ­
çonnerie e t qui c o n stitu e n t la p a r ­
tie v ra im e n t an tiq u e du s a n c tu a i­
re. C’e s t là, d an s ce « L iccal »
(g ra n d p la c a rd ) a u x se p t p o rtes
reh a u ssé e s de p laq u es v o tiv es au x
fo rm es les p lu s curieu ses e t é g a ­
lem en t de g ra n d e v a le u r, que,
c o n fé ra n t son c a ra c tè re s a c ré e t
de ré p u ta tio n m ondiale à la sy ­
n ag o g u e, so n t déposés les v én é­
ra b le s exem p’a lre s des th o ra s
v in g t fois sécu laires, c a llig r a ­
p h iés en h é b re n s u r des p ea u x
d’a g n e a u x sp é c ia le m e n t p ré p a ­
rées. A d m ira b le m e n t conservés,
ces p a rch em in s p récieux so n t e n ­
roulés su r de h a u te s bobines d é ­
corées de lourds p a re m e n ts d ’or
m a ssif. On co m pte plus d’une cen ­
ta in e de ces th o ra s : il en e s t de
to u s âges, m êm e de tr è s m o d er­
nes. m a is to n te s so n t de prove­
n a n c e de P a le s tin e »t é c rite s
d ’une encre de com position p a r t i­
culière.
 

Quand meme .... Vol. 5 n° 7 (juillet 1947) - 1/6

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