5* Année — N° 9/10
10 FRA NCS
SEPTEM B R E-O C TO B R E 1947
r
Rédaction — Administration
Publicité
29, rue Saint-Lazare
PARIS
. Tél. TRI. 54-64
Directeur : R. GRINBERG
meme.
E E V Ü Ë
M E x N ê ü E L L E
O I E
Nos lecteurs trouveront ci-deseous la déposition faite au nom
de l’Agence Juive par le Dr. Abba Hillel Silyer. devant la Com­
mission Spéciale de l’O.N.U. Cet­
te Commission avait été désignée
pour
s ’occuper de la question
palestinienne
après le rapport
fourni par la Commission d’enquète en Palestine.
Le Dr. Abba H. Silver a dé­
claré que l’Agence Juive était
prête à accepter le partage de
la Palestine et l’U/mon Econo­
mique des deux E tats qui y se­
raient établis. Cependant, il fit
dépendre cette acceptation des
discussions futures ayant tra it
aux propositions territoriales et
constitutionnelles faites par les
Nations Unies.
« Le partage, dit-il, implique
un très lourd sacrifice pour le
peuple juif, mais il est préfé­
rable à un E tat unique, car il
facilüte la création immédiate
d’un Etsat Juif et lia (solution
des problèmes des Juifs d’Eu
rope sans foyer ni patrie .
Le Dr. Silver s ’éléva contre
deux propositions de l’UNSCOP:
l’élimination de la Galilée Occi­
dentale d’une part, et d’autre
part, l’abandon de Jérusalem.
Il souligna qu’une ville moderne
avait été bâtie dans Jérusalem
et que 90.000 Juifs y résidaient.
Le Dr. Silver offrit la paix et
l’am itié aux Arabes, mais a f­
firm a que les Juifs seront prêts
ï rfSTëncrfÇ" leurs ~ droits*"‘"s’ils
voyaient cette offre rejetée. Il
demanda que la période transi­
toire soit aussi brève que possi­
ble et non pas de deux ans com­
me cela a été avancé.
« Le Yichouv de Palestine,
«ouligna-tril, est prêt â assu­
mer immédiatement toutes les
responsabilités pouvant
décou­
ler de la création d’un
E tat
Juif. L’Agence Juive espère que
la période transitoire verra la
minimum de conflit et qu’on uti­
lisera dans ce sens toutes les res­
sources que la Palestine est prête
à offrir aux Nations Unies.
Après avoir exposé les huit
points de l’Agence Juive, dont
nos lecteurs trouveront le tex­
te par ailleurs, le Dr. Abba H.
Silver, répondant aux menaces
proférées par Jam al Husseini,
répéta que les Juifs « ne se lais­
seront pas impressionner
par
des menaces gratuites » et sont
prêts à se défendre. Il rappela
que des propos sim ilaires ve­
nant des Arabes au cours de la
Session spéciale en mai dernier
n’ont
influencé ni l’Assemblée
générale ni l’UNSCOP.
P arlant de l’acceptation
des
recommandations formulées par
la m ajorité de l’UNSCOP, l’ora­
teur poursuivit. « Les propo­
sitions de partage actuelles
n’ont été envisagées ni dans la
déclaration Ba’ .four, ni dans le
mandat. Elles condamnent le
Foyer National Juif à la perte
de ’ plus d’un huitième du terri­
toire qui lui avait été promis à
l’origine et représentent un sa­
crifice qu’on n’aurait pas du de­
mander au peuple Juif ».
Le Dr. Abba H. Silver a tta ­
quant ensuite violemment la po­
litique
britannique et notam­
ment, la déclaration de M.
Creech Jones, dit que l’Angle­
terre, non seulement ne désire
pas prendre sa part de respon­
sabilités dans l’application des
recommandations de la m ajorité
de l’UNSCOP, mais se réserve ledroit de refuser toute collabora­
tion pour l’application d’une dé­
cision
définitive prise par les
Nations Unies, si « à son avis
elle ne se conforme pas à ses
propres criteria de justice et à
sa propre technique
d’applica­
tion ».
Le Dr. Silver demanda alors
pourquoi
l’Angleterre
n’avait
pas hésité à imposer par la for­
ce une politique
palestinienne
qui n’a été approuvée par aucunnç organisme international, qui
est contraire au m andat et qui,
à trois reprises, a été désapprou­
vée par des . organismes inter­
nationaux. Rappelant les recom­
m andations de la Commission
R o y a le en 1 9 3 7 et le r a p p o r t de
la C o m m is s io n d 'e n q u ê te angloaméricaine, il fit ressortir l’ur­
gence de l’accélération des tr a ­
vaux de l’Assemblée 'Générale.
Urgence, d’autant plus nécessai­
re, que la Grande-Bretagne, non
seulement
semble
réfractaire
aux rapports de la m ajorité de
l’TJNSCOP, m ais annonce éga­
lement son intention de retirer
ses troupes de la Palestine (ce
qui doit être accueilli avec sa­
tisfaction).
En
conclusion, le Dr. Silver
approuva pleinement toutes les
autres
recommandations
que
l’UNSCOP a votées à l’unanimi­
té. Il fit siennes les déclarations
de la Commission d’Enquête an­
glo-américaine, estim ant que la
Palestine était le seul
espoir
des Juifs déplacés. Cependant,
dit-il, ll’Agence Juive souhaite
fermement que les nations du
monde accueillent ceux des Juifs
déplacés qui désirent
émigrer
ailleurs qu’en Palestine,
mais
« il serait très injuste, très mal,
et ressenti avec amertume » si
on obligeait les réfugiés Juifs
à émigrer, contre leur propre vo­
lonté, dans d’autres pays que la
Palestine.
EXOBUS - 4 7
9 9
pan, M xvic JxvtâCutn
ET L E PRESTIGE N A T IO N A L
M
aintenant que r af­
faire « Exodus » est
provisoirement close,
ses répercussions morales et
psychologiques apparaissent
mieux. L'immense écho que les
péripéties d'un groupe de
4.50Û immigrants juifs ont
trouvé dans le monde, dans la
presse et l'opiniAr publique,
met encore plus en relief la stu­
péfiante conduite du gouverne­
ment britannique. Comment se
fait-il qu'aucun de ses mem­
bres ne soit parvenu à expli­
quer à ses collègues l'étendue,
sinon du crime moral qu'ils
commettaient en renvoyant les
Juifs en Allemagne dans les
circonstances que l'on sait, du
moins — ce qui pour un gou­
vernement est pis — la mala­
dresse de ce geste ?
L'erreur de calcul de l'An­
gleterre est évidente. Elle a
porté sur deux points princi­
paux : sous-estimation de la
foi et de la force de résistance
des Juifs qui ne pouvaient ac­
cepter d'être envoyés ailleurs
qu'en Palestine, et stupéfiante
assurance de croire que la
France était aux ordres des
Anglais pour faire leur police.
Il est vrai qu'à un certain mo­
ment on avait parlé d'accords
secrets entre les deux pays en
ce sens, mais ce bruit était
entièrement faux. Tout au plus
certains encouragements ver­
baux avaient-ils été donnés
aux Anglais par un fonction­
naire du Quai d'Orsay qui ne
saurait rien leur refuser. Ils se
sont lancés dans cette affaire
tête baissée, croyant que la
France se prêterait au rôle de
lieu de déportation. En cher"chant à lui imposer ce rôle, le
gouvernement britanniaue vou­
lait sans doute se venger de
de que le départ de Sète se
fût avéré possible en dépit de
ses multiples interventions. Ce­
pendant, on demeure confondu
devant le fait qu'un gouver­
nement se laisse dicter sa
conduite par des sentiments de
vengeance et de dépit.
Et pourtant, l'échec des offres
françaises d'hospitalité à Port­
ée Bouc semblait devoir faire
réfléchir les Anglais. Il n'en
fut rien. Sourds à tous les aver­
tissements, ils s'en tinrent jus­
qu'au bout à leur exécrable
projet et renvoyèrent les Juifs
en Allemagne, sur le sol trois
fois maudit, nourri de sang juif.
Ce crime ne faisait que s'ajou­
ter à bien d'autres : la GrandeBretagne a sur la conscience
Meeting à Bergen-Belsen pour pr otester contre l’arrivée de 1’ « E xodus » à Hambourg.
Marc Jarblum s’adresse à la foule.
Le Docteur Joseph J . S C H W A R T Z
est reçu Chevalier de la Légion d’Honneur
A NOS LECTEURS
En raison de la maladie de son Directeur,
Q uand M êm e s'excuse de ne pas être en
mesure de faire paraître son éditorial
« Nos problèm es ».
Le dimanche 12 octobre, an
cours d’une réception donnée
dans les salons du Palais d’Or­
say par le Centre de Documen­
tation Contemporaine, M. Justin
Godart a rends au nom du Gou­
vernement Français la Croix de
la Légion d’Honneur au Dr. Jo­
seph, J. Schwartz, président du
conseil exécutif
européen
de
l’Amérlcan Joint
Distribution
Comnrittee.
En présence d’une assistance
nombreuse et choisie, M. Justin
Godart, qui présidait la céré­
monie, prit la
parole. Après
avoir exprimé sa joie et sa fier­
té, M. Justin Godart dégagea la
signification profonde qui doit
pénétrer nos esprits et nos
cœurs. « C’est, dit-il, la Franco
qui manifeste à un citoyen amé­
ricain sa gratitude pour tout ce
que la grande démocratie qu’il
représente a fait et continue à
faire pour soulager les misères
dues à la guerre. C’est aussi Is­
raël qu’encouragent, que sou­
tiennent les solidarités maternel­
les américaines, qui se félicite
de l’honneur fait à l’un des
siens, à celui qui a la noble mis­
sion de pauser les plaies, de con­
soler les peines... »
M. Justin Godart évoque en­
suite la vie du Dr. Schwartz.
« L’importance de votre œuvre,
poursuit-il, s’adressant au
Dr.
Schwartz lui-même, se mesure
par un chiffre. Responsable do
l’aetivité du Joint pour l’Europe
et l’Afrique du Nord, vous avez
supervisé la distribution
pour
l’assistance sociale et les œuvres
de reconstruction d’environ deux
cent millions do dollars.
En
outre, depuis 1945, comme mem­
bre de la commission d’enquête
sur les camps des personnes dé­
placées, qui sont une triste sur­
vivance des temps de la con­
trainte brutale, vous avez con­
tribué comme co-rédacteur
du
rapport Harrisson aux nécessai­
res réformes qui ont été appor­
tées à leur régime... »
A M. Justin Godart succèdent
MM. Schneersobn, du Centre de
Documentation Juive Contempo­
raine ; Léon Meiss, président du
Consistoire ; René Cassin, pré­
sident de l’Alliance Israélite Uni­
verselle ; Mare Janblum, prési­
dent de la Fédération des Socié­
tés Juives de France ! Louis Asscher,
président du Cojasor ;
Pierre Paraf, l’homme de lettres;
Mlllner. de l’Osé Minkowski, de
l’Unlon-Osé ; Weinberg, du Keren Hayessod ; Worniser, prési­
dent du Consistoire de Paris ; et
enfin le Dr. Schwartz quj r£pJ)nq
en ces ternies :
« Je suis très fier et très bonnoré de recevoir cette distinction
de la part de la France, et en
France, en raison de l’hospitali­
té traditionnelle de la France
envers les peuples en detresse.
Cette attitude humaine du Gou­
vernement Français fut, très ré­
cemment encore, illustrée de fa­
çon poignante quand le Gouver­
nement français apporta une
aide tellement charitable et sal­
vatrice aux malheureux
juifs
réfugiés de « l’Exodus 1947 ».
« C’est pour cela que je suis
particulièrement heureux de re­
mercier le Gouvernement de la
République Française.
Je suis
aussi fier que cette distinction
me soit remise par M. Justin Go­
dart. Le peuple Juif n’a jamads
eu un aussi grand ami que M.
Justin Godart . Recevoir cette dis­
tinction des mains de oe grand
homme qui s’est consacré à la
défense des droits du
peuple
Juif an moment de leurs jours
les plus difficiles me rend enco­
re plus reconnaissant.
« En troisième lieu, je suis re­
connaissant de recevoir
cet
honneur parmi tant d’amis, col­
laborateurs et tous les orS®J"s7
mes juifs de France aujourd hui
engagés dans une terrible en
treprise de sauvetage et de re­
construction.
« Comme je regarde autour
de moi, je ne peux m’empêcher
de me rappeler les événements
passés où nous travaillions en­
semble si étroitement.
C’était
l’époque dé l’occupation quand
notre travail était fait clandes­
tinement. Ces mêmes personnes
et organisations sont ici ce soir
et je suis heureux d’être avec
elles.
« J’aime croire que cette mar­
que de distinction ne s’adresse
pas
à moi
personnellement,
mais appartient à l’organisme
que je représente,
l’American
Joint Distri bution
Committee,
(Suite page 3)
beaucoup de victimes juives.
Qui ne se souvient des mal­
heureuses épopées de « Patria », de «Salvador», de
« Struma » et de tant d'autres
navires qui cherchèrent en
vain à aborder la Palestine,
avec leur cargaison de Juifs
persécutés en Europe ! On n'en
parlait plus ces derniers temps,
mais l'histoire de T« Exodus » a
ravivé . ces ombres doulou­
reuses. Cette fois, on peut dire
que l'Angleterre a subi le
contre-coup moral de ses cri­
mes. Car sa condamnation par
l’opinion mondiale est générale
et irrévocable.
Près de deux cent vingt
journalistes, correspondants de
journaux du monde entier,
s’étaient réunis à Hambourg
pour le débarquemènt des
trois 'bateaux-cages qui ame­
naient les voyageurs de
lVExodus»; Le soir du débar­
quement du troisième bateau,
qui fut accompagné du décor
sanglant abondamment décrit
dans la presse, j'assistai à un
échange de vues entre journa­
listes. Tous avaient envoyé à
leurs rédactions des télé­
grammes et . des articles dé­
taillés, et maintenant ils expri­
maient sans ambages leur
écœurement.
Un journaliste Scandinave
disait : « Si je n'avais pas été
témoin oculaire du débarque-,
ment, jamais je n'aurais cru
que des soldats britanniques
fussent capables de traiter
avec tant de bestiale violence
des gens désarmés, affaiblis
par 60 jours de voyage, mal
alimentés. Si j'avais lu ces
descriptions dans un journal
au lieu de les avoir faites moimême, je les aurais taxées de
propagande. Des Anglais bru­
talisant des femmes et des en­
fants! Même après avoir vu
cela de mes propres yeux, je
continue à ne pas y croire!.. »
Un journaliste américain dé­
clara- : « J'ai toujours été pro­
britannique. Malgré toutes nos
divergences, nos peuples ont
de profondes affinités. Mais ce
que j'ai vu à Hambourg a por-.
té un coup terrrible à mes sym­
pathies. Comment un gouver­
nement peut-il à un tel point
perdre tout self-contrôle pour
se lancer dans une aventure
aussi ignoble? Vraiment, Bevin a de drôles de conceptions
de l'honneur ! Au contraire,
mes vieilles sympathies pour
la France se trouvent du coup
ranimées. T'ai toujours aimé la
France. L'époaue vichyssoise
m'en avait détourné, comme’
beaucoup d'autres en Améri­
que, dans les milieux démo­
cratiques. Mais l'attitude fran­
çaise dans cette affaire, qui
renoue avec l'ancienne tradi­
tion, a effacé ces fâcheux sou­
venirs. »
Ce journaliste américain n'é­
tait pas le seul à tenir sembla(Suite page 2)
FELICITATIONS
Le Comité Central de la Fédération des Sociétés Juives de
France, ainsi que la Rédaction de QUAND MEME, sont heu­
reux d'adresser leurs plus vives félicitations au Docteur
J. SCHWARTZ à l'occasion de sa nomination dans l'ordre de
la Légion d'Honneur.
I
 

Quand meme .... Vol. 5 n° 9-10 (septembre-octobre 1947) - 1/6

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