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R EV U E JU IV E
chèrement leurs droits sur la terre de leurs ancêtres. Par le
travail et par le sang. Il y a des millions d’autres, disséminés
partout, qui ne demandent qu’à en faire autant.
Les Juifs et les Israélites sont, nous le savons, tous mis dans
le même sac... E t de même que tous les hommes sont frères, ces
deux catégories d ’enfants d ’Israël sont frères aussi. Le jour où
ils mettront en commun les biens spirituels qu’ils ont accumulés
séparément, la venue du Messie ne sera pas loin... Nous, les
jeunes, il y a longtemps qu’à la stupéfaction des uns et des
autres, nous nous délectons de ce trésor commun renfermant à
la fois les valeurs religieuses et laïques, liturgiques et nationales.
Il y a longtemps que notre pays natal a été rejoint, dans notre
cœur, par la Terre Promise devenue réellement la Terre retrou­
vée, la Terre d’Israël. Aussi accueillons-nous avec le même
respect et le même amour les divers fragments de ce trésor.
Une Palestine nouvelle et juste, incorporée dans un monde
nouveau et juste, continuera à élaborer, en accord avec les autres
peuples libérés, l’esprit et les formes d ’une vie plus humaine.
Mais les thèses les plus empoignantes, nationales et sociales,
demeurent lettre morte si elles sont prêchées sans chaleur com­
municative, sans solidarité quotidienne. Obtenons donc de nos
jeunes non seulement l’adhésion ferme et enthousiaste à l’idée
du retour vers la Terre d’Israël, non seulement la compréhension
de notre histoire et de notre peuple, mais la régénération phy­
sique et morale, entreprise individuellement et collectivement
aujourd’hui même.
Tout mouvement national, tout effort social, comme toute
dévotion religieuse, restent insuffisants s’ils ne s’accompagnent
d ’une pratique spirituelle, d ’une vie intérieure intense, d ’un
humanisme agissant. L ’âme juive, l’âme humaine, ne se main­
tient que dans les grands courants prophétiques qui balayent
les contingences locales et passagères, pour ne laisser place
qu’au Dieu vivant, toujours le même. Nos meilleurs offices ne
serviront de rien, nos plus abondantes collectes demeureront
pauvres, nos plus brillants discours seront sans effet, si nous
ne conformons pas nos actes à nos paroles, si nos faiblesses
privées prennent le pas sur notre vie publique, si, en un mot,
nous ne travaillons pas, comme l’ont exigé nos maîtres de tous
les temps, à former un type humain modèle et que nous devons
tendre à incarner : le type du juste qui hâtera l’avènement de
la justice.
I. POUGATCH.
Si, après la première année, le nombre de nos abonnés
n’augmente pas, nous en déduirons que nos efforts ne rencontrent
pas une audience même minimum et nous en tirerons la conclusion
qui s’impose...
 

La Revue Juive de Genève. Vol. 8 n° 4-5 fasc. 74-75 (juin-juillet 1945) - 1/1