"Notre Révolution antigénéalogique : la fracture anthropologique" - Conférence de Dominique Folscheid


Dominique Folscheid, philosophe, professeur émérite de philosophie morale et politique, université de Paris Est Marne-La-Vallée, co-directeur du département de recherches éthique médicale du Collège des Bernardins, auteur de MadeDominique%20Folscheid.jpg in Labo, de la procréation artificielle au transhumanisme.

Sous la « révolution biotech » en cours, qui a pris la place de la révolution marxiste-léniniste pour changer la condition humaine, il faut repérer l'alliance entre la volonté de toute-puissance de la Technique et celle de l'immémorial désir humain. Il en résulte que pour pouvoir créer, il ne faut plus engendrer par voie naturelle, et que pour se créer soi-même, il ne faut plus avoir été engendré.

Cette situation, paradoxale à première vue, découle du déploiement d'une logique à l'œuvre dans une nouvelle époque de notre histoire. Inaugurée au sortir de la dernière guerre mondiale, elle marque l'esprit du temps depuis la naissance de Louise Brown en 1978, premier bébé-éprouvette venu au monde, et la « Lettre d'adieu à la Mère Nature » de Max More, pionnier du transhumanisme, publiée en 1989 (date de la chute du mur de Berlin). Ce qui préexistait dans nos mythes et nos utopies, qui tenaient le discours du désir, est désormais réalisable par la Technique. Au docteur Frankenstein, qui préférait produire une « Créature » sans nom à partir de pièces de cadavres au lieu d'avoir un enfant avec la femme qui l'aime, correspond la production d'enfants issus de double don de gamètes et d'une gestatrice extérieure qui sont les fils ou les filles de personne. Au lieu de procréation naturelle, qui ne fait que reproduire les tares de notre condition humaine, on espère produire des « posthumains » qui en seront exemptés. On attend déjà du progrès technoscientifique qu'il nous offre des gamètes de synthèse, et de l'utérus artificiel qu'il libère définitivement la femme de la dernière sujétion que lui inflige la nature.

Que les projets du transhumanisme relèvent de l'utopie n'empêche pas que l'esprit du temps nous pousse à tenir l'être humain pour une source de matière première, à considérer que la donne biologique, jugée insignifiante et méprisable, ne fournit qu'une page blanche à la libre construction de soi.

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Auteur
Folscheid, Dominique
Editeur
Institut Européen Emanuel Levinas (AIU)

Date de parution
11 juin 2020
Langue du document
Français
Description matérielle
1 vidéo (01 h 53 min 56)
Pays
Zoom

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